Juillet 2026
À la croisée de la nutrition, de la santé publique et de la pédagogie, le diététicien nutritionniste est un acteur incontournable des parcours de soins où l’alimentation occupe un rôle central. Et cela, bien au-delà des questions pondérales... La diététicienne nutritionniste Sophie Delafoy [1] nous guide dans la découverte de cette profession de santé dont l’étendue des compétences est souvent peu connue.
Quels sont le statut et les missions du diététicien nutritionniste ?
Le diététicien nutritionniste (DN) est un professionnel de santé paramédical dont l’exercice est réglementé par le Code de la santé publique comme, par exemple, les infirmiers ou les kinésithérapeutes. Il dispense des conseils alimentaires, contribue à l’éducation et à la rééducation nutritionnelle, sur prescription médicale, dans tous les champs de la santé ayant une interaction avec l’alimentation.
Il s’inscrit, à ce titre, dans les parcours de soins pluridisciplinaires destinés aux patients atteints de pathologies entraînant des troubles du métabolismes et/ou des troubles de l’alimentation. Ce qui est le cas dans la plupart des maladies chroniques telles que l’obésité, le diabète, le cancer, les maladies cardiovasculaires, rénales et neurodégénératives [2]. En concertation avec le médecin traitant ou spécialisé, nous définissons une stratégie de soins nutritionnels adaptée aux besoins de chaque patient.
En dehors du champ pathologique, quelles prises en charge proposez-vous ?
Contrairement à une idée reçue et encore trop répandue, le diététicien nutritionniste ne s’occupe pas uniquement du poids ! L’approche contemporaine de notre discipline prend en compte l’individu face à diverses situations spécifiques. Celles-ci peuvent être associées à des périodes de l’existence (grossesse, adolescence, vieillesse...) mais aussi à des événements marquants dont l’impact émotionnel vient souvent perturber le rapport à l'alimentation. Par exemple, dans le cadre d’un deuil, d’un épisode dépressif ou d’un mal-être lié à l’image de soi. La surcharge de travail est également un facteur déstabilisant. Nous l’avons notamment observé dans la population des étudiants en médecine chez qui la réduction de la place octroyée au plaisir peut impacter l’alimentation, avec des conséquences dommageables pour la santé. Ces exemples montrent qu’entre les objectifs de perte de poids, d’un côté, et le risque de dénutrition, à l’opposé, en passant par la prise en charge des multiples difficultés alimentaires, notre spectre d’intervention est particulièrement large...
Diététicien nutritionniste : la carte d’identité
L’intitulé « diététicien nutritionniste » est protégé par le Code de la santé publique. Pour exercer sous cette appellation, il faut être titulaire d’un diplôme d’État, principalement le BTS Diététique et le DUT Génie biologique option Diététique et Nutrition.
👍 Le diététicien-nutritionniste est un professionnel paramédical tandis que le médecin-nutritionniste est un médecin ayant effectué huit ans d’études complétées par une spécialisation en biologie et en nutrition.
👎 En revanche le mot « nutritionniste » (utilisé seul) n’est pas réglementé. Ce vide juridique laisse la possibilité à toute personne non diplômée de l’utiliser et peut engendrer une confusion dans l’esprit des personnes en quête de conseils nutritionnels. (Lire ci-après)
La France compte, en 2026, 17 360 diététiciens nutritionnistes parmi lesquels les femmes occupent une place prédominante (82 %). Ils peuvent exercer en tant que professionnel de santé libéral ou au sein de différentes structures :
• établissements de santé et médico-sociaux (hôpital, clinique, soins de suite et de réadaptation, EHPAD...)
• restauration collective
• entreprises agroalimentaires
• organismes de prévention et d’éducation à la santé
• sport professionnel*
* Le Stade de Reims est le premier club de football de Ligue 1 à avoir intégré un DN au sein de son staff technique.
Vous avez évoqué la dimension pédagogique. Qu’en est-il ?
En premier lieu, cette fonction s’exprime au niveau de nos patients, lors de la consultation, et à travers les dispositifs d’éducation thérapeutique du patient (ETP) destinés aux personnes atteintes de maladie chronique. Nous sensibilisons également nos patients à l’alimentation durable et responsable (origine des produits, caractéristiques des ustensiles), ce qui permet de faire entrer ces principes au sein des foyers et de les diffuser progressivement.
Par ailleurs, nous intervenons auprès du grand public à travers des opérations d’information et de sensibilisation sur les questions nutritionnelles et d’alimentation. Soit dans des contextes événementiels (Journées dédiées à un thème de santé), soit dans le cadre des communautés territoriales de santé (CPTS) [3], soit à la demande de structures : entreprises, établissements scolaires, associations de malades, collectivités territoriales...
Comment abordez-vous les thématiques nutritionnelles ?
Notre objectif est de rendre le « mangeur » acteur de son alimentation, de l’amener à prendre conscience de son rapport à l’alimentation et d’objectiver sa position dans ce domaine. Il est courant que nous ayons à déconstruire certaines représentations ou des interprétations erronées pour ramener la personne à une réalité alimentaire fondée et mesurable. Par exemple, il m’arrive fréquemment d’avoir à clarifier la place des sucres dans une alimentation équilibrée, de rappeler le rôle du plaisir et de réfuter certaines idées reçues. Notamment en ce qui concerne les idées reçues associant le sucre au cancer [4] ou à une drogue. Il est vrai que le contexte médiatique rend la question des sucres très présente chez les patients mais il nous appartient d’expliquer que les sucres sont un élément de l’équilibre alimentaire lorsqu’ils sont consommés sans excès ni privation.
L’influence des médias numériques est-elle, selon vous, préjudiciable ?
Sur les questions alimentaires et nutritionnelles, c’est incontestable. Nous assistons à une prolifération de « coachs » sans qualification reconnue dont les conseils sont bien souvent basés sur une expérience personnelle plutôt que sur la science ! C’est une grande source d’inquiétude car les personnes les plus vulnérables en sont les premières victimes. Soit au niveau de la santé, avec le risque de déclencher des pathologies graves ; soit au niveau économique, en encourageant l’achat de programmes ou de compléments onéreux et sans intérêt nutritionnel. C’est l’une des raisons pour laquelle l’AFDN juge aussi urgent que nécessaire de protéger le titre « nutritionniste ».
Quels autres enjeux doivent-ils attirer l’attention des autorités de tutelle ?
D’une manière générale, la profession de diététicien nutritionniste doit bénéficier d’une reconnaissance à la hauteur du service médical rendu. Premièrement, en termes d’accès aux soins nutritionnels pour tous. Pour cela, la prise en charge par la sécurité sociale doit être élargie au-delà des parcours de soins prescrits pour les pathologies lourdes. Notre profession joue un rôle complémentaire du corps médical dont elle prolonge l’action sur le terrain, au plus près des besoins des personnes.
Au niveau de la prévention, nous devons être soutenus dans la lutte contre la désinformation (régimes et produits miracles, exclusions d’aliments, compléments alimentaires non validés...) et plus étroitement associés à l’éducation nutritionnelle des consommateurs, en premier lieu des enfants. Enfin, de notre côté, nous apportons nos compétences et notre expérience au développement d’applications favorisant la pédagogie nutritionnelle et les bonnes pratiques alimentaires. Autant de fonctions qui font du diététicien nutritionniste un acteur de santé publique à part entière.
Une association au service de la profession
Première organisation professionnelle représentant les diététiciens nutritionnistes, l’Association nationale des Diététiciens Nutritionnistes (AFDN) œuvre pour la reconnaissance de cette profession de santé inscrite au Code de la santé publique.
Elle accompagne ses adhérents dans l’évolution des pratiques, contribue aux décisions concernant la profession, participe aux dispositifs de santé publique et conduit des actions d’informations auprès des différents publics concernés par les questions de nutrition et de diététique.
Elle organise notamment des Journées d’études auxquelles Cultures Sucres est périodiquement amené à participer afin de présenter des études sur les représentations du sucre et les consommations sucrées.
[1] Sophie Delafoy représente l’AFDN (Association française des Diététiciens Nutritionnistes) sur le secteur Sud de l’Île-de-France (Essonne, Val-de-Marne) où elle exerce au sein de différentes structures hospitalières et réseaux de santé.
[2] Maladie de Parkinson, Sclérose en plaques, Alzheimer...
[3] Réseaux locaux de coordination des professionnels de santé
[4] La suppression des sucres dans le cadre du cancer peut avoir un impact dommageable sur la santé.