Septembre 2026
Dans l’univers agroalimentaire, l’industrie sucrière est une de celles qui mobilisent la plus grande diversité de métiers et de technologies. Orchestrer cette ingénierie complexe afin qu’elle délivre le meilleur de son potentiel n’a rien d’une mince affaire. C’est précisément la mission du responsable Optimisation industrielle, comme nous l’explique l’un d’entre-eux, Clément Desbonnets.
À tout juste 29 ans, Clément Desbonnets est à la sucrerie Cristal Union de Fontaine-le-Dun (Seine-Maritime) ce que le sous-amiral est à un porte-avions lancé à plein régime dans une croisière au long cours. Il est vrai que cette sucrerie affiche chaque année une durée de campagne sucrière d’environ 150 jours, bien au-dessus de la moyenne nationale. « Nous avons même battu un record en 2025-2026 avec 172 jours, précise Clément qui occupe la fonction de responsable Optimisation industrielle (ROI). Cette particularité s’explique par la productivité des terres normandes et par l’envergure des surfaces emblavées qui délivrent un grand volume de betteraves à traiter, soit environ 1,6 million de tonnes pour un outil d’une capacité maximale de 10 000 tonnes par jour. »
Rattaché au responsable d’exploitation du site, Clément a pour mission d’assurer la bonne marche du procédé sucrier sur toutes les étapes, depuis l’arrivée des betteraves jusqu’à la mise en silo du sucre fraîchement extrait. Objectif ? Maximiser la récupération du saccharose contenu dans les racines de betterave tout en minimisant les consommations d’énergies et les pertes de matière, en l’occurrence de sucre. Un vaste programme quand on sait que le procédé sucrier est un concentré de technologies nécessitant la maîtrise d’une demi-douzaine de génies : « mécanique, thermique, hydraulique, chimique, physico-chimique, automatismes, instrumentation... », détaille Clément qui souligne également l’importance prise par « l’ingénierie énergétique et environnementale qui joue un rôle central dans les performances de la sucrerie. » (Voir à ce sujet notre article sur l’énergie circulaire en sucrerie, ndlr.)
Dans chaque détail technique, un enjeu économique
Épaulé par deux ingénieurs également spécialisés en optimisation industrielle, Clément démarre ses matinées de campagne par un état des lieux qui va déterminer le programme de la journée. « Nous examinons les rapports d’analyses du laboratoire qui vont nous permettre de paramétrer le process, puis nous vérifions tous les indicateurs, atelier par atelier, afin d’affiner les réglages et de détecter les éventuelles pertes en sucre – même la plus infime – qui révèlent un dysfonctionnement, explique-t-il. Il nous faut alors identifier la source afin de déclencher le plus rapidement possible les actions correctives. »
L’enjeu est d’importance car la moindre variation peut perturber le process – dont les étapes sont interdépendantes – et menacer la productivité sur laquelle repose l’équilibre économique de toute la sucrerie. Par exemple ? « Une simple fuite au niveau d’une vanne peut à la fois générer une perte en sucre et impacter la performance énergétique qui se mesure par la quantité d’énergie utilisée à la tonne de sucre. » Rares sont les jours où il n’y a pas d’interventions et, dans tous les cas, les ajustements des paramètres de production sont le lot quotidien de l’équipe. De plus, les trois ingénieurs procèdent chaque mois à un bilan thermique complet pour vérifier que le fonctionnement du process est bien conforme au plan de marche du « porte-avions ».
Préparer l’avenir d’un site industriel, conforter les performances d’une filière stratégique
Comme le veut le modèle industriel historique de notre secteur sucrier, chaque opérateur dédié à la production de sucre est détenteur d’un « second métier » qu’il peut exercer en intercampagne : électricien, chaudronnier, soudeur... Dans les faits, Clément Desbonnets n’y échappe pas. Dès que les derniers nuages de vapeur d’eau s’éloignent des hautes cheminées, le « ROI » se transforme aussitôt en « chef de projet ». L’heure est alors venue de se consacrer aux investissements d’avenir : intégrer au process une nouvelle génération d’évaporateurs moins énergivores et permettant d’optimiser les cadences, mettre en place des dispositifs pour utiliser l’eau en circuit fermé... Autant d’améliorations sur lesquelles tous les acteurs industriels de la filière betterave-sucre travaillent d’arrache-pied pour permettre à la France de préserver sa position de leader européen et d’assurer sa souveraineté alimentaire et énergétique.
Pour le ROI, cela se traduit par une action multiforme. « Depuis le dimensionnement et l’implantation des équipements jusqu’à la mise en service et à la formation des opérateurs, ces projets peuvent prendre plusieurs années... et les jours d’intercampagne sont comptés ! » Pour autant, au-delà de cette intensité, le chef d’orchestre confesse la passion qui l’anime dans sa mission. « Nous nous appuyons sur un nombre incroyable de compétences et de talents, en interne comme avec nos prestataires : génie civil, charpente, robinetterie, mécanique, électricité, tuyauterie... Cette polyvalence donne tout son sens à la formation d’ingénieur en procédés agroalimentaires que j’ai suivie et qui m’a emmené vers l’industrie sucrière. » Une passion et des compétences dont Clément Desbonnets assure la transmission à travers le système de formation mis en place par le groupe sucrier, la « Cristal Academy », pour lequel il contribue à l’amélioration des outils ainsi qu’au développement des compétences pour les responsables de fabrication et les chefs d’équipe. Autant dire que le ROI ne manque pas d’occupations en attendant la prochaine campagne sucrière...
Comment devenir « ROI » ?
Diplômé de l’école d’ingénieur AgroParisTech avec une spécialisation en Procédés agroalimentaires, Clément Desbonnets a découvert l’industrie sucrière à l’occasion d’un stage de fin d’études sur le site de Fontaine-Le-Dun. Après un passage dans l’industrie laitière, il a retrouvé le groupe Cristal Union en tant qu’ingénieur « IOI » puis il a été promu « ROI » à la sucrerie d’Erstein. En 2025, il fait son retour sur le site de Fontaine-le-Dun. Il apprécie « la dimension humaine et le climat social de l’industrie sucrière ainsi que l’intérêt suscité par les défis techniques qui caractérisent cette activité ».
Ce nouvel article vient enrichir notre série dédiée aux
métiers de la filière sucre.