Octobre 2026
L’anorexie du vieillissement – cette perte d’appétit qui toucherait près d’une personne âgée sur trois – est un facteur de risque de dénutrition et de surmortalité. Dès lors, mieux comprendre les origines de ce trouble dans notre population vieillissante s’impose comme un enjeu majeur de santé publique. D’où cette revue entreprise par des chercheurs britanniques pour tenter d’expliquer les modifications des taux sanguins des hormones régulant l’appétit (PYY, GLP-1…) observées chez certaines personnes âgées [1] (voir notre brève à ce sujet).
L’attention des chercheurs s’est naturellement portée en priorité sur les cellules entéroendocrines (ECC) qui assurent la détection de l’arrivée des nutriments dans la lumière intestinale (« nutrient sensing ») et relaient cette information au cerveau en sécrétant des hormones modulant l’appétit (voir notre brève à ce sujet).
La piste du fonctionnement perturbé des cellules entéroendocrines
Bien que les données restent parcellaires et indirectes, les chercheurs formulent plusieurs hypothèses pour expliquer la sécrétion accrue d’hormones satiétogènes par les cellules ECC (Figure) :
- Le nombre de cellules ECC pourrait être augmenté chez certains sujets âgés, comme le suggèrent certaines études chez l’Homme et l’animal, avec une expression accrue des gènes impliqués dans la différenciation de ces cellules.
- Les ECC pourraient aussi être davantage exposées aux nutriments arrivant dans la lumière intestinale, sous l’effet d’une absorption intestinale réduite et d’un transit plus lent associés au vieillissement.
- La capacité des ECC à détecter l’arrivée des nutriments (via des récepteurs membranaires hautement spécialisés), à convertir cette information (cascade de signalisation intra-cellulaire) et à sécréter des hormones en réponse pourraient être altérée chez certaines personnes âgées.
- Des perturbations de l’environnement intestinal local pourraient également être en cause dans le dysfonctionnement de la sécrétion par les ECC d’hormones régulant l’appétit, comme l’augmentation de l’inflammation de bas grade associée au vieillissement (« inflammaging ») ou encore l’évolution liée à l’âge du microbiote intestinal, dont la composition et les productions métaboliques sont connues pour moduler l’activité des ECC.
Au-delà des cellules entéroendocrines
Enfin, au-delà de la capacité des ECC à produire des hormones régulant l’appétit, les chercheurs n’excluent pas des modifications de leur vitesse de disparition/dégradation dans le sang sous l’effet d’enzymes évoluant aussi avec l’âge. Une diminution de la sensibilité des structures cérébrales (hypothalamus…) aux signaux hormonaux font aussi partie des hypothèses envisagées.
Les chercheurs proposent de nombreuses pistes de recherche pour mieux caractériser les altérations du « nutrient sensing » et les dérégulations hormonales clés associés à la perte d’appétit liée à l’âge. Ils rappellent néanmoins que celle-ci ne peut être appréhendée sous le seul prisme des mécanismes intestinaux et hormonaux, de nombreux autres facteurs étant impliqués, tels que les modifications de la composition corporelle, l’isolement social ou encore la dépression. La prise en compte de l’ensemble de ces déterminants sera essentielle pour une compréhension globale de l’anorexie du vieillissement.
Représentation des différentes hypothèses susceptibles d’expliquer les dérégulations du nutrient sensing et de la sécrétion hormonale par les cellules entéroendocrines (ECC) chez les sujets âgés présentant une perte d’appétit
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[1] Dans une étude récente, les chercheurs montrent que ces modifications comme l’élévation des hormones satiétogènes PYY et GLP-1 sont spécifiques aux adultes âgés présentant une perte d’appétit