Octobre 2026Développement, croissance, puberté, grossesse, ménopause… selon l’âge et la situation physiologique, les besoins nutritionnels et le métabolisme évoluent. Pour accompagner ces changements, les hormones contrôlant l’appétit et la prise alimentaire – ghréline, cholécystokinine (CCK) [1], peptide YY (PYY) et glucagon-like peptide 1 (GLP-1) – semblent elles aussi connaître des évolutions au cours de la vie. Une revue publiée par le Journal of the Endocrine Society fait le point sur les connaissances à date.
Des taux d’hormones finement régulés selon les périodes de vie
Que retenir pour chaque période et situation de vie ?
- Chez l’enfant et l’adolescent, on dispose de données limitées. La chute des concentrations de ghréline – l’hormone de la faim – après un repas semble n’apparaître que vers 1 an. La sécrétion du peptide satiétogène PYY en réponse à un repas pourrait être plus limitée chez les adolescents par rapport aux garçons prépubères. Interprétation des chercheurs ? Ces réponses hormonales atténuées pourraient favoriser l’appétit et la prise alimentaire sur des périodes de forte croissance.
- Chez l’adulte, les études sont discordantes quant aux différences liées au sexe : des taux d’hormones (autant orexigènes qu’anorexigènes) plus élevés sont parfois observés chez les femmes, mais pas toujours. Cette variabilité pourrait être liée à la non prise en compte de la phase menstruelle dans de nombreuses études. Les apports alimentaires sont connus pour être plus élevés au cours de la phase lutéale (post-ovulatoire) que la phase folliculaire (pré-ovulatoire) [2] ; les rares études qui ont mesuré les taux d’hormones satiétogènes en phase lutéale versus folliculaire montrent bien une réponse atténuée pour PYY … mais augmentée pour le GLP-1 (malgré un appétit subjectif plus élevé).
- Au cours de la grossesse, les besoins énergétiques augmentent au cours des 2e et 3e trimestres, de 300 à 500 kcal environ. Cette augmentation va de pair avec une réduction de l’hormone satiétogène GLP-1 après un repas.
- À la ménopause, la diminution des œstrogènes et l’augmentation de la sécrétion d’androgènes sont suspectées de perturber la régulation de l’appétit, favorisant la prise de poids et l’augmentation de la masse grasse. Cependant, les données sur les changements des hormones intestinales pendant la ménopause restent limitées, la compréhension des mécanismes à l’œuvre étant complexifiée par les interactions avec les hormones sexuelles.
- Après 65 ans, la perte d’appétit, un facteur de risque de dénutrition, pourrait concerner 15 à 30 % des sujets (voire 40 % en établissements de santé). Les travaux récents des chercheurs, qui ont considéré séparément les personnes âgées expérimentant ou non une perte d’appétit, tendent à confirmer l’implication des hormones intestinales : chez ceux touchés par la perte d’appétit, on observe en réponse à un repas une plus forte suppression de ghréline et une augmentation plus importante et prolongée de GLP-1 et PYY. Autrement dit, un cocktail hormonal supprimant plus fortement la faim et maximisant la période de satiété. La perte d’appétit ne serait pas tant une conséquence de l’âge en soi qu’une dérégulation, chez certains, du système de régulation hormonale (voir notre brève à ce sujet).
Figure : Spécificité des réponses hormonales régulant l’appétit et la prise alimentaire aux différents stades de vie.
Voir tous les articles du numéro spécial
[1] cholécystokinine
[2] Adaptation qui pourrait préparer l’organisme à une éventuelle grossesse