Octobre 2026
Un footing, un entraînement de basket ou une séance à la salle de sport augmentent-ils notre faim ? A dire vrai, l’exercice physique pourrait même avoir l’effet inverse, d’après une revue signée de deux experts de l’exercice physique et du sport au Royaume-Uni, publiée dans Appetite.
Un effet coupe-faim transitoire
Les nombreuses études sur le sujet semblent en effet montrer que les exercices physiques d’intensité modérée à vigoureuse [1] réduisent les sensations de faim et les taux sanguins de l’hormone associée, la ghréline acylée, dans les heures suivant la pratique. Les peptides intestinaux satiétogènes PYY [2] et GLP-1 [3] se trouvent quant à eux transitoirement augmentés. De plus, cet effet coupe-faim transitoire de l’exercice ne serait pas compensé lors des prises alimentaires suivantes dans la journée, créant ainsi un déficit énergétique à court terme.
Exercice vs. restriction calorique
Les chercheurs soulignent le contraste interpellant avec la restriction calorique, qui induit aussi un déficit énergétique mais stimule fortement la faim et l’appétit. À court terme, le système de régulation de l’appétit pourrait ainsi être moins sensible à l’augmentation de la dépense énergétique induite par l’exercice qu’à la restriction calorique. Les chercheurs voient dans l’effet coupe-faim de l’exercice une opportunité pour contrecarrer les effets de la restriction calorique dans les stratégies de gestion du poids. Cet effet adjuvant, hypothétique à ce stade, méritera toutefois d’être testé dans des études dédiées – d’autant qu’une compensation énergétique en réponse à l’exercice est attendue à plus long terme (des mécanismes de régulation homéostatique visant à rééquilibrer la balance énergétique se mettent en place quand les réserves énergétiques et la composition corporelle sont altérées).
Par ailleurs, les effets de l’exercice sur l’appétit sont sujets à une importante variabilité interindividuelle dont l’origine reste à identifier. La piste génétique fait partie des facteurs explicatifs envisagés : par exemple, les individus présentant deux copies d’un allèle à risque (AA) sur un gène associé à l’obésité [4] affichent une réduction plus marquée des taux de ghréline [5] suite à l’exercice par rapport à des individus possédant deux copies de l’allèle moins à risque (TT).
Des perspectives cliniques qui restent à étayer
Identification des myokines [6] et autres médiateurs chimiques des effets de l’exercice (lactate, IL-6 [7]…), effets de l’exercice sur les autres hormones et les circuits neuronaux impliqués dans la régulation homéostatique et hédonique de la prise alimentaire, interactions avec d’autres systèmes comme les rythmes de sommeil, etc. : de nombreuses autres pistes de recherche sont identifiées pour continuer à explorer l’effet anorexigène à court terme de l’exercice… et sa pertinence réelle en pratique dans les stratégies de régulation de l’appétit et de gestion du poids à long terme.
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[1] ≥ 60 % de la VO2 max – hors sports aquatiques
[2] peptide YY
[3] glucagon-like peptide 1
[4] gène FTO, gène associé à la masse grasse et l’obésité le plus étudié
[5] La baisse de ghréline associée à l’obésité est contre-intuitive mais est souvent rapportée dans les études (voir article 1 partie IV)
[6] molécules produites par les muscles au cours de l’exercice
[7] Interleukine 6, protéine du système immunitaire impliquée dans l’inflammation