février 2026Diabète, obésité, maladies cardiovasculaires… de nombreuses maladies sont associées à un déséquilibre du microbiote intestinal. Or certains facteurs de notre mode de vie comme l’alimentation, l’activité physique ou le tabagisme influencent à la fois la composition du microbiote et la survenue de maladies cardiométaboliques. Dans le cadre d’une collaboration internationale, des chercheurs ont ainsi voulu 1/ étudier les effets combinés (plutôt que séparés) des facteurs de vie sur la santé métabolique et l’état du microbiote ; 2/ mieux comprendre les interrelations entre microbiote et santé métabolique (autrement dit, le microbiote intestinal est-il un médiateur des effets du mode de vie sur la santé métabolique, ou son état est-il plutôt la conséquence de l’empreinte métabolique produite par le mode de vie ?)
Meta Cardis : le spectre des états métaboliques à l’étude
Pour cela, les chercheurs ont utilisé les données collectées dans le cadre de l’étude européenne MetaCardis, regroupant des individus de 3 pays (Danemark, Allemagne, France) à différents stades de santé cardiométabolique : individus d’IMC normal sans trouble métabolique (n=305), individus atteints d’obésité (n=334), de syndrome métabolique (n=220), de diabète de type 2 (n=477), ou d’une maladie cardiovasculaire (n=307). A des fins de validation, les chercheurs ont également utilisé les données issues de l’étude française GutInside, regroupant 433 adultes en surpoids ou obèses.
Un score reflétant le mode de vie global est plus performant que les facteurs individuels
Un score composite baptisé QASD (pour Quality, Activity, Smoking, Diversity) reflétant la qualité du mode de vie, était conçu à partir de 4 composantes : la qualité du régime alimentaire ainsi que sa diversité, la pratique d’activité physique et le tabagisme.
Sans surprise, on dénombrait davantage d’individus sans troubles métaboliques dans le tertile des individus obtenant un score QASD élevé (reflet d’un mode de vie globalement plus sain). Un score QASD plus élevé allait également de pair avec des taux sanguins réduits d’hémoglobine glyquée, de triglycérides et de CRP (marqueur de l’inflammation) et des mesures anthropométriques plus favorables (IMC, masse grasse et tour de taille réduits).
La composition du microbiote s’avérait également associée au score QASD, avec un profil spécifique de microbiote dysfonctionnel – l’entérotype dit bact 2 – et des espèces bactériennes associées à l’inflammation (ex. Clostridium bolteae) – retrouvées plus fréquemment chez ceux affichant les scores QASD les plus bas. À l’inverse, le microbiote était enrichi en espèces réputées favorables à la santé (ex. Faecalibacterium prausnitzii) en cas de score QASD élevé. La richesse du microbiote (diversité génétique des espèces microbienne qui le composent = GMDR pour Gut microbiota gene richness), un paramètre clé générale considéré comme reflétant sa bonne santé, se trouvait fortement associée au score QASD.
À noter, le score QASD expliquait une plus grande proportion de la variabilité de composition du microbiote que les 4 composantes individuelles sur lesquelles repose ce score (apparaissant comme la variable présentant le pouvoir explicatif le plus élevé dans plusieurs modèles, avant d’autres variables comme la prise de certains médicaments (ex. statines), les niveaux de consommation des différentes familles d’aliments, …).
Le microbiote, médiateur ou conséquence ?
À travers des analyses de médiation (Figure), les chercheurs testent ensuite dans quelle mesure les effets du mode de vie sur la richesse du microbiote passent par des modifications de certains paramètres métaboliques (direction 1 sur la figure) ; et dans quelle mesure les effets du mode de vie sur la santé métabolique sont médiés par des variations d’état du microbiote direction 2).
Représentation schématique des deux hypothèses de médiation
Si les deux voies semblent exister, la seconde) (dans laquelle le microbiote est le médiateur du dérèglement métabolique), serait plus marquée que la première (où le déséquilibre du microbiote est la conséquence du dérèglement métabolique), en particulier pour certains marqueurs du métabolisme glucidique/de l’insulino-résistance :
- l’indice d’HOMA-IR et le taux d’hémoglobine glyquée expliqueraient « seulement » 12 et 7 % (respectivement) de la relation [qualité du mode de vie QASD -> richesse du microbiote GMGR] ;
- quand les variations de richesse du microbiote expliqueraient 28 % de la relation [qualité du mode de vie QASD -> HOMA-IR] et 13% de la relation [qualité du mode de vie QASD -> hémoglobine glyquée]
Ainsi, des relations bidirectionnelles semblent exister entre microbiote et santé métabolique, mais le microbiote résultant de notre mode vie influencerait davantage la santé métabolique que l’état métabolique de l’individu n’influence l’état du microbiote.
Pour les chercheurs, ces résultats pourraient ouvrir la voie à l’identification de biomarqueurs microbiens (en particulier, des espèces microbiennes et certains de leurs métabolites) permettant d’identifier les individus présentant un risque cardiométabolique élevé. Quant au score composite QASD, reflet global de la qualité du mode de vie, il pourrait être un outil de choix pour approfondir les relations entre habitudes de vie, microbiote et santé métabolique, et pour concevoir des interventions personnalisées ciblant l’alimentation et les comportements de santé.