La consommation d’aliments sucrés modifie‑t‑elle les préférences à l’âge adulte ?

La consommation d’aliments sucrés modifie‑t‑elle les préférences à l’âge adulte ? | Cultures Sucre
Juillet 2026

« Plus on mange sucré, plus on aura la dent sucrée » : telle est la croyance souvent en filigrane des recommandations des organismes de santé publique. Mais cet a priori empirique est-il fondé ?

Pour le savoir, l’essai semi-contrôlé randomisé en groupes parallèles Sweet Tooth (Figure 1) a évalué les effets sur l’appréciation de la saveur sucrée d’une exposition alimentaire à des produits sucrés [1] faible (7 % des aliments et boissons avec une saveur sucrée [2], n = 61), habituelle (35 % [3], n = 60) ou élevée (80 % [4], n = 59) pendant six mois. Les 180 adultes néerlandais en bonne santé de cette étude (123 femmes et 57 hommes ; 35 ± 15 ans ; IMC : 23 ± 3 kg/m²) ont reçu des conseils alimentaires ainsi que des produits alimentaires couvrant environ la moitié de leurs besoins énergétiques quotidiens, accompagnés de menus journaliers. Les participants pouvaient consommer librement les produits fournis et compléter leur alimentation par leurs propres achats. Les trois régimes étaient conçus pour être comparables en termes d’apport énergétique, de densité énergétique, de composition en macronutriments et de proportion d’aliments solides ou liquides.



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Design de l’essai Sweet Tooth
Figure 1 : Un essai semi-contrôlé randomisé portant sur l’effet d’une exposition alimentaire de 6 mois à une saveur sucrée d’intensité variable (faible, moyenne ou élevée) sur l’appréciation des produits sucrés. Les icônes en forme de loupe représentent les visites d’évaluation réalisées au départ (mois 0), ainsi qu’aux mois 1, 3, 6, 7 et 10.

Une appréciation de la saveur sucrée figée à l’âge adulte

Pendant les six mois d’intervention, les participants ont modifié leur consommation de produits sucrés dans le sens des objectifs assignés :
- Groupe faible exposition : les produits sucrés représentaient en moyenne 14,3 % de l’apport énergétique (contre environ 20 % au départ), soit une diminution de 6,1 points.
- Groupe exposition habituelle : les produits sucrés représentaient 20,7 % de l’apport énergétique, un niveau pratiquement inchangé par rapport à la situation initiale.
- Groupe forte exposition : les produits sucrés représentaient 27,0 % de l’apport énergétique (contre environ 23 % au départ), soit une augmentation de 3,9 points… largement inférieure à l’objectif fixé par les chercheurs de 40 à 45 % de l’apport énergétique.

Mais surtout :
- les trois groupes sont revenus aux niveaux initiaux de consommation de produits sucrés (20 % environ de l’apport énergétique) 4 mois après l’arrêt du protocole, alors que tous les aliments de l’étude étaient facilement accessibles (produits de supermarché) ;
- au fil des mois, aucune différence significative n’a été observée entre les groupes concernant l’appréciation de la saveur sucrée, la perception de son intensité, le choix de produits sucrés, les apports énergétiques (Figure 2), le poids corporel, les marqueurs du diabète et des maladies cardiovasculaires, ni les événements indésirables.



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Apport auto-déclaré en aliments sucrés selon les groupes d’intervention
Figure 2 : Apport auto-déclaré en aliments sucrés selon les groupes d’intervention (exposition élevée au goût sucré [HSE], exposition régulière [RSE], exposition faible [LSE]), exprimé en % de l’énergie. Le nombre d’astérisques indique le nombre de groupes présentant des différences significatives entre eux : *** signifie que les 3 groupes diffèrent entre eux ; ** signifie que 2 groupes diffèrent d’un groupe mais pas entre eux ; * signifie que seuls 2 groupes diffèrent entre eux.

Ainsi, dans cet essai, la modification du niveau d’exposition aux aliments à la saveur sucrée n’a entraîné aucun changement de l’appréciation de cette saveur, ni des autres paramètres étudiés, chez les adultes.





[1] La classification des aliments et boissons comme « sucrés » ou « non sucrés » reposait sur une base néerlandaise des saveurs, qui distinguent 6 profils gustatifs : « neutre », « salé-umami-gras », « sucré-gras », « sucré-acide », « gras » et « amer ». Ici, les produits dits sucrés appartenaient aux catégories « sucré-gras » (biscuits, chocolat, desserts et gâteaux) ou « sucré-acide » (fruits, yaourts et boissons associées).
[2] Exemples de produits fournis (plutôt non sucrés) : biscuits salés, fruits à coque non salés et tartinade végétale
[3] Exemples de produits fournis (à saveur sucrée limitée) : confiture de fruits à faible teneur en sucre, fruits à coque non salés avec canneberges (cranberries) et crackers de riz aromatisés au chocolat
[4] Exemples de produits fournis : biscuits aux fruits et au yaourt, pâte à tartiner au chocolat et boisson lactée

A retenir

  • Dans un essai randomisé chez l’adulte mené aux Pays-Bas, six mois d’exposition faible, moyenne ou élevée à la saveur sucrée n’ont modifié ni l’appréciation de la saveur sucrée, ni les apports énergétiques, ni le poids corporel.

  • Après l’intervention, tous les groupes sont revenus à leur niveau initial de consommation de produits sucrés, témoignant d’une grande stabilité des préférences pour le sucré à l’âge adulte.

Sources

The Sweet Tooth Trial: A Parallel Randomized Controlled Trial Investigating the Effects of A 6-Month Low, Regular, or High Dietary Sweet Taste Exposure on Sweet Taste Liking, and Various Outcomes Related to Food Intake and Weight Status. Čad EM, Mars M, Pretorius L, van der Kruijssen M, Tang CS, de Jong HB, Balvers M, Appleton KM, de Graaf K. Am J Clin Nutr. 2026 Jan;123(1):101073.

 

Liens d’intérêts, financements : liens d’intérêts rapportés par plusieurs chercheurs avec des entreprises de l’industrie sucrière, de la production d’inuline, de l’agro-alimentaire et des boissons sucrées, de l’ISA (International Sweeteners Association)

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