Mai 2026
Une situation socio-économique défavorable, des difficultés psycho-sociales et/ou un environnement de vie dégradé augmentent le risque d’apparition d’une maladie cardiovasculaire, indépendamment des facteurs de risque « classiques ». Telle est la conclusion d’une étude réalisée à partir des données de la cohorte UK Biobank ayant suivi plus de 320 000 adultes britanniques (40-69 ans à l’inclusion) pendant une durée médiane de 12,5 ans.
Un score pour refléter les déterminants sociaux de santé
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs ont construit un score multi-dimensionnel, dit score de risque poly-social (PSS), intégrant plus d’une quinzaine de déterminants sociaux de santé relevant de trois dimensions :
1. statut socio-économique : revenu, éducation, CSP…
2. risque psycho-social : nombre de personnes dans le foyer, soutien social, activités et contacts sociaux, détresse émotionnelle, troubles psychiatriques ;
3. environnement de vie : indice de privation, état/confort du logement, criminalité du quartier, proximité d’espaces, verts, etc.
Plus le score de risque PSS est élevé, moins la condition sociale globale des individus est favorable.
La survenue de maladies cardiovasculaires athéroscléreuses (c’est-à dire dues à l’athérosclérose, ou dépôts de plaques dans les artères) comme les maladies coronariennes et les AVC ischémiques, principales causes de mortalité dans le monde, était enregistrée tout au long de l’étude.
L’incidence des maladies cardiovasculaires augmente avec le risque poly-social
Les chercheurs montrent que le risque d’apparition d’une telle maladie est plus élevé chez ceux présentant le score PSS le plus haut. Ce surrisque persiste même après prise en compte (i.e. ajustement statistique dans les modèles) de facteurs traditionnels jouant sur le risque cardiovasculaire, comme le mode de vie (ex. tabagisme, activité physique) et l’état cardiométabolique (ex. pression artérielle, dyslipidémie). Autrement dit, les déterminants sociaux de santé pourraient impacter la santé cardiovasculaire en partie en agissant sur les facteurs de risque connus, mais pas seulement : d’autres facteurs intermédiaires restent à identifier.
Par ailleurs, en cas de PSS élevé, l’augmentation du risque de maladies cardiovasculaires athéroscléreuses (MCA) est plus marquée chez les femmes que chez les hommes. Pour les chercheurs, cette différence pourrait être à la fois liée à des spécificités biologiques (hormonales, vasculaires…) et des conditions sociales plus défavorables pour les femmes (plus faibles revenus, stress chronique associé à la charge familiale…).
L’équité sociale comme levier de prévention cardiovasculaire ?
Enfin, les chercheurs ont comparé les effets du score de risque social PSS et les effets de la prédisposition génétique vis-à-vis du risque cardiovasculaire. Pour les AVC ischémiques, le risque cardiovasculaire associé au score social PSS se révèle du même ordre de grandeur que le risque cardiovasculaire lié à la génétique. Pour les AVC ischémiques et les maladies coronariennes, une condition sociale défavorable et la prédisposition génétique ont des effets cumulatifs sur le risque cardiovasculaire, celui-ci connaissant alors l’augmentation la plus marquée (Figure). A l’inverse, une condition sociale favorable réduit le risque cardiovasculaire chez ceux présentant un risque génétique élevé, mais ne l’annule pas.
Figure : Risques d’AVC ischémique stratifié selon le niveau de score de risque poly-social (PsRS* faible, intermédiaire ou élevé), selon le tertile de score de risque polygénique (T1, T2, T3)
*PsRS ou PSS = score de risque poly-social // Le risque d’AVC ischémique le plus élevé est observé chez ceux présentant à la fois les scores de risque poly-social (PSS) et de prédisposition génétique (PRS) les plus hauts.
Pour les chercheurs, les interventions ciblant les comportements individuels et les facteurs métaboliques pour la prévention cardiovasculaire devraient être complétées par des actions ciblant les déterminants sociaux de la santé, par exemple à travers des politiques d’équité sociale, visant à réduire les inégalités socio-économiques, améliorer l’accès à l’éducation, soutenir la santé mentale, et garantir des logements/environnements de vie favorables.