Addiction au sucre : peut-on être réellement accro ?

L'idée selon laquelle il existerait une addiction au sucre est largement répandue auprès du grand public. Or, la réalité n’est pas simple.

Addiction au sucre : peut-on être réellement accro ?
Juin 2026

Le terme « addiction » s’est banalisé dans le langage courant. Il n’est pas rare d’entendre certaines personnes se définir comme accros au portable, au travail, au sport…Mais nous avons tendance à confondre addiction, attirance, préférence et compulsion. Aujourd’hui encore, les chercheurs tendent à mieux comprendre les mécanismes de notre cerveau liés à ces comportements, mais également les dimensions psychologiques associées afin d’y voir plus clair.

Le sucre ne peut pas réellement être comparé à une drogue

Des travaux, menés dans les années 2000, ont montré que des rats de laboratoire préalablement habitués à s’auto-administrer de la cocaïne semblaient préférer la saveur sucrée (boissons à base de sucre ou de saccharine – édulcorant non calorique) … à de la cocaïne. [1]

L’extrapolation à l’humain
des résultats obtenus sur des modèles animaux dans des conditions expérimentales spécifiques reste délicate, du fait des processus psychologiques complexes intervenant dans le comportement alimentaire humain. [2]

[3]

D’après un groupe de spécialistes européens des addictions, il n'existe à ce jour aucune preuve qu'un aliment spécifique provoque une dépendance (à l'exception de la caféine et des boissons alcoolisées, via des mécanismes très spécifiques). Cependant, il arrive que certaines personnes développent des envies compulsives liées à une dépendance psychologique au fait même de manger. Les chercheurs s’accordent donc sur l’existence de comportements alimentaires de type addictif. Il serait alors question d’addiction comportementale à l’alimentation, et non à un aliment ou ingrédient lui-même. [4]

 

Une addiction au fait de manger, plutôt qu’à l’aliment lui-même

Au départ, tout repose sur la sensation de plaisir et de bien-être associée au circuit de la récompense. Lorsque nous mangeons un aliment sucré, le cerveau reçoit un messager chimique appelé dopamine qui lui dit « ce que je mange me procure du plaisir ». 

Mais là s’arrête le point commun avec les drogues telles que la cocaïne ou l’héroïne.

En effet, celles-ci détournent et « court-circuitent » ce circuit normal de la récompense censé s’autoréguler, notamment en bloquant la recapture de certains neurotransmetteurs (dopamine, mais aussi parfois sérotonine ou noradrénaline). Ce phénomène entraîne une accumulation de ces derniers, provoquant d’abord des sensations exacerbées (excitation, euphorie), puis une sensation de manque. [5] Avec le temps, une tolérance puis une dépendance peut s’installer : la même dose procure moins d’effet, ce qui peut conduire à augmenter la dose et/ou la fréquence pour retrouver une sensation similaire.

Ce n’est pas le cas avec la consommation d’aliments sucrés. En dehors des troubles du comportement alimentaire, ce système est régulé par les phénomènes de rassasiement et de satiété, nous incitant à progressivement arrêter nos consommations alimentaires. [6]

La restriction mime l’addiction

Les régimes restrictifs, visant à perdre du poids, peuvent être à l’origine de ces envies irrésistibles de manger des produits « plaisir », souvent gras et sucrés. En effet, plus l’on se prive d’un aliment, plus il nous fait envie. 

« Une des conséquences majeure et récurrente des privations et exclusions pratiquées, quel que soit le régime, est ainsi, paradoxalement, la reprise de poids, voire le surpoids : plus on fait de régimes, plus on favorise la reprise pondérale (effet yo-yo), a fortiori en l'absence d'activité physique. » [7]

La privation n’est pas présentée comme une solution pour « maîtriser » ses envies. Au contraire, on sait aujourd’hui que la restriction alimentaire fréquente donne ensuite lieu à des épisodes de désinhibition… qui peuvent rappeler la perte de contrôle inhérente à l’addiction. [8]

Lorsque la personne « craque », la transgression de l’interdit se manifeste sur un mode compulsif suivi de sentiment de culpabilité voire d’angoisse. Il s’ensuit alors un comportement de super-contrôle et de restriction. C’est un cercle vicieux qui mime le processus de l’addiction.

Une prise en charge globale, pluridisciplinaire des comportements alimentaires de type addictif, tenant compte de la santé physiologique et mentale au sens large des individus est donc à préconiser.

Lever les interdits et aller vers une consommation raisonnée en étant à l’écoute de ses sensations de faim et de satiété peuvent permettre de sortir de ces comportements compulsifs. 

Ces troubles alimentaires encore mal compris (qui ne pointent pas exclusivement les produits sucrés) pourraient concerner environ 5 à 10 voire 20 % de la population selon les études : allant jusqu’à 55% chez les personnes en situation d’obésité ou atteintes de troubles du comportement alimentaire, tels que la boulimie ou l’hyperphagie. [9]

Si vous pensez être concerné par ce type de comportements, n’hésitez pas à vous tourner vers un professionnel compétent.

A retenir

  • Aucune dépendance au sucre n’a été observée chez l’Homme. En revanche, certaines personnes développent en effet des envies compulsives liées à une dépendance psychologique au fait même de manger.

  • Le plaisir peut exister sans dépendance ! Une consommation raisonnée de sucre peut tout à fait s’inscrire dans le cadre une alimentation équilibrée.

Sources

[1] Cantin L, Lenoir M, Augier E, Vanhille N, Dubreucq S, Serre F, Vouillac C, Ahmed SH. Cocaine Is Low on the Value Ladder of Rats: Possible Evidence for Resilience to Addiction. PLOS ONE. 2010;5:e11592. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0011592

Lenoir M, Serre F, Cantin L, Ahmed SH. Intense Sweetness Surpasses Cocaine Reward. PLOS ONE. 2007;2:e698. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0000698

[2] Markus CR, Rogers PJ, Brouns F, Schepers R. Eating dependence and weight gain; no human evidence for a ‘sugar-addiction’ model of overweight. Appetite. 2017;114:64-72. https://doi.org/10.1016/j.appet.2017.03.024

Westwater ML, Fletcher PC, Ziauddeen H. Sugar addiction: the state of the science. Eur J Nutr. 2016;55:55-69. https://doi.org/10.1007/s00394-016-1229-6

[3] Voir ici pour les références scientifiques de la vidéo

[4] Hebebrand J, Albayrak Ö, Adan R, Antel J, Dieguez C, de Jong J, Leng G, Menzies J, Mercer JG, Murphy M, van der Plasse G, Dickson SL. “Eating addiction”, rather than “food addiction”, better captures addictive-like eating behavior. Neuroscience & Biobehavioral Reviews. 2014;47:295-306. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2014.08.016

Gearhardt AN, Hebebrand J. The concept of “food addiction” helps inform the understanding of overeating and obesity: Debate Consensus. The American Journal of Clinical Nutrition. 2021;113:274-6. https://doi.org/10.1093/ajcn/nqaa345

[5] DiLeone RJ, Taylor JR, Picciotto MR. The drive to eat: comparisons and distinctions between mechanisms of food reward and drug addiction. Nat Neurosci. 2012;15:1330-5. https://doi.org/10.1038/nn.3202

Tassin J-P. Neurobiologie de l’addiction : proposition d’un nouveau concept. L’information psychiatrique. 2007;83:91-7. https://doi.org/10.1684/ipe.2007.0092

[6] Cornil Y, Chandon P, Touati N. Plaisir épicurien, plaisir viscéral et préférence de tailles de portions alimentaires. Cahiers de Nutrition et de Diététique. 2018;53:77-85. https://doi.org/10.1016/j.cnd.2018.01.005

[7] Anses (2011) - Régimes amaigrissants : des pratiques à risque

[8] Wolz I, Nannt J, Svaldi J. Laboratory-based interventions targeting food craving: A systematic review and meta-analysis. Obesity Reviews. 2020;21:e12996. https://doi.org/10.1111/obr.12996

[9] Praxedes DRS, Silva-Júnior AE, Macena ML, Oliveira AD, Cardoso KS, Nunes LO, Monteiro MB, Melo ISV, Gearhardt AN, Bueno NB. Prevalence of food addiction determined by the Yale Food Addiction Scale and associated factors: A systematic review with meta-analysis. European Eating Disorders Review. 2022;30:85-95. https://doi.org/10.1002/erv.2878

Pursey KM, Stanwell P, Gearhardt AN, Collins CE, Burrows TL. The Prevalence of Food Addiction as Assessed by the Yale Food Addiction Scale: A Systematic Review. Nutrients. 2014;6:4552-90. https://doi.org/10.3390/nu6104552

×
Nous récoltons vos données
Nous stockons et accédons à des informations non sensibles sur votre appareil, comme des cookies ou l'identifiant unique de votre appareil, et traitons vos données à caractère personnel comme votre adresse IP ou un identifiant cookie, pour des traitements de données comme la mesure du nombre de visiteurs. Ces informations seront conservées 6 mois à des fins statistiques. Vous pouvez faire un choix ici et modifier vos préférences à tout moment sur notre page concernant les cookies accessibles depuis toutes les pages de ce site web. Aucun cookie ne sera déposé si vous décidez de remettre votre choix à plus tard.
Tout accepter Tout refuser
×
Paramétrer les cookies
Nous déposons des cookies et utilisons des informations non sensibles de votre appareil pour améliorer nos produits. Vous pouvez accepter ou refuser ces différentes opérations. Pour en savoir plus sur les cookies, les données que nous utilisons, les traitements que nous réalisons, vous pouvez consulter notre politique de confidentialité.
Cookies de fonctionnement
Garantissent le bon fonctionnement du site et permettent de mettre en œuvre les mesures de sécurité.

Durée de conservation : 6 mois

Liste des responsables : Cultures Sucre

Liste des destinataires : Cultures Sucre

Toujours actifs
Cookies de mesure d'audience
Cookies permettant d'obtenir les statistiques de fréquentation du site (nombre de visites, pages les plus visitées, …).

Durée de conservation : 6 mois

Liste des responsables : Cultures Sucre

Liste des destinataires : Cultures Sucre