Octobre 2026
Une exposition prolongée à des taux élevés de glucocorticoïdes [1], comme cela se produit lors d’un stress chronique, pourrait perturber la signalisation des hormones impliquées dans la régulation de l’appétit, favorisant la surconsommation énergétique et la prise de poids : telle est la thèse développée par des chercheurs néerlandais spécialistes de l’endocrinologie et de l’obésité dans un article de revue.
Le contrôle homéostatique en berne au profit de la réponse hédonique
Leptine, insuline, ghréline, GLP-1… ces hormones jouent des rôles essentiels pour le maintien de l’équilibre énergétique en agissant à la fois sur les systèmes cérébraux régulant l’homéostasie énergétique et la réponse hédonique aux aliments. Hormone après hormone, les chercheurs rassemblent les éléments de preuve montrant comment des taux élevés de glucocorticoïdes viennent déréguler ces différentes fonctions : inhibition des effets de la leptine sur la perte de poids et le contrôle de la prise alimentaire ; altération des voies de signalisation de l’insuline [2] (aux effets anorexigènes et impliquée dans la réponse hédonique) ; augmentation de la libération du neuropeptide Y (qui stimule la prise alimentaire) dans l’hypothalamus, etc.
La résultante serait un affaiblissement du contrôle homéostatique couplé à un renforcement de la réponse hédonique aux aliments (Figure). Ces différentes hormones étant aussi impliquées dans la régulation émotionnelle (ex. effet anxiolytique de la ghréline, réduction des comportements de type dépressif associés au GLP-1…), les chercheurs suspectent que leurs perturbations sous l’effet des taux élevés de glucocorticoïdes puissent exacerber certains comportements alimentaires comme l’alimentation émotionnelle [3].
Pour les chercheurs, la dérégulation des signaux hormonaux impliqués dans le contrôle de l'appétit pourrait être un médiateur clé dans la relation entre l’excès de glucocorticoïdes sécrétés en cas de stress chronique, et la surconsommation énergétique menant à la prise de poids. Cibler ces hormones pourrait faire partie des pistes pour rompre le cercle vicieux entre l’excès de glucocorticoïdes et la prise de poids chez certains patients.
Modèle théorique reliant l’excès de glucocorticoïdes, la dérégulation des hormones contrôlant l’appétit, la surconsommation alimentaire et la prise de poids.
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[1] Les glucocorticoïdes endogènes sont des hormones stéroïdes fabriquées à partir du cholestérol et secrétées par les glandes surrénales. Le principal représentant chez l'humain est le cortisol (ou hydrocortisone), accompagné en plus faibles quantités par la cortisone et la corticostérone. Leur sécrétion est régulée par l'axe hypothalamo-hypophysaire et augmente fortement en réponse au stress. Les glucocorticoïdes sont impliqués dans de nombreuses fonctions de l’organisme : métabolisme des macronutriments, immunité, inflammation… Cette activité anti-inflammatoire a conduit au développement de glucocorticoïdes de synthèse ayant une activité anti-inflammatoire très supérieure aux hormones naturelles.
[2] qui possède des effets anorexigènes et réduit la réponse hédonique
[3] le fait de manger pour se réconforter en réponse à des émotions négatives