Octobre 2025
Si l’accès à un régime diversifié de bonne qualité nutritionnelle peut être compromis en cas d’insécurité alimentaire, l’impact réel sur le statut nutritionnel et les réserves de l’organisme est rarement objectivé par des données biochimiques. Pourtant, mieux caractériser les carences nutritionnelles associées à l'insécurité alimentaire pourrait permettre d'éclairer les politiques publiques et susciter des actions nécessaires à la lutte contre ces deux fléaux de santé. D’où le travail entrepris par des chercheurs brésiliens, qui ont rassemblé dans une revue toutes les études ayant comparé le statut nutritionnel d’individus en situation de sécurité ou d’insécurité alimentaire. Seules les études ayant mesuré le statut nutritionnel via des marqueurs biochimiques (ex. taux sanguins) étaient considérées (par opposition aux études évaluant les apports nutritionnels par des questionnaires alimentaires).
L’insécurité alimentaire, facteur de risque d’anémie
Dix-huit études ont été identifiées in fine, dont plus de la moitié (56 %) réalisées sur le continent américain (Etats-Unis, Canada, Mexique Brésil), les autres en Asie (Inde, Pakistan, Bangladesh…) ou en Afrique (Afrique du Sud…). À noter, la grande majorité des études (72 %) incluait uniquement des femmes. La quasi-totalité des études (16/18) rapportait des associations significatives entre l’insécurité alimentaire et le risque de carences/déficiences nutritionnelles. L’anémie (hémoglobine réduite) et la déficience en fer (ferritine réduite) étaient de loin les altérations du statut nutritionnel les plus décrites en lien avec l’insécurité alimentaire, dans une quinzaine d’études. Selon les calculs des chercheurs, compilant les données de ces études, les personnes en situation d’insécurité alimentaire auraient un risque d’anémie plus élevé de 43 %.
Les femmes en âge de procréer sont pointées comme un groupe particulièrement à risque pour plusieurs raisons. Ces femmes ont des besoins physiologiques plus élevés en fer, pour compenser les pertes menstruelles. Or, elles peuvent être plus durement touchées par l’insécurité alimentaire, faisant passer les enfants/autres membres du foyer en priorité quand l’alimentation vient à manquer. En cas de grossesse, un statut insuffisant en fer peut avoir des conséquences très lourdes pour la santé de la mère et de l’enfant à naître.
Concernant les autres micronutriments, des taux sanguins plus faibles de vitamine A et de caroténoïdes (précurseurs de cette vitamine) étaient également observés dans certaines études, mais pas toutes. Les statuts en vitamines C, E, B12, D, zinc, et cuivre étaient étudiés de façon beaucoup plus ponctuelle, et aucune association n’était rapportée avec l’insécurité alimentaire. Aucune étude n’était disponible sur le statut en iode, bien qu’il s’agisse d’un nutriment pour lequel des apports insuffisants sont jugés préoccupants dans de nombreux pays.
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