Octobre 2026
Ecrans, travail de nuit, stress, boissons caféinées accessibles en permanence, voyages… nos modes de vie modernes pèsent sur la quantité, la qualité et notre rythme de sommeil. Or les données pointant le rôle d’un mauvais sommeil sur la prise de poids s’accumulent. Dans une revue, des chercheurs canadiens ont réuni les connaissances à date sur les mécanismes susceptibles d’expliquer les effets du manque de sommeil, en s’arrêtant aussi sur les effets du non-respect des rythmes circadiens.
La balance énergétique compromise
Le manque de sommeil donne généralement lieu à un excédent énergétique propice à la prise de poids [1] ; en effet, bien que le manque de sommeil semble conduire à une augmentation de la dépense énergétique de l’organisme (de l’ordre de 100 kcal/j), celle-ci est inférieure à l’augmentation de la prise calorique observée dans les études où l’alimentation est laissée libre (> 250kcal/j).
Les rares études ayant mesuré l’effet du manque de sommeil sur les hormones régulant l’appétit peinent à expliquer cette augmentation de l’apport énergétique : des taux réduits de ghréline (orexigène) et accrus de leptine et de peptide YY (satiétogènes) sont rapportés… ce qui devrait théoriquement inhiber la prise alimentaire. Selon les chercheurs, d’autres mécanismes que le contrôle de l’homéostasie énergétique seraient à l’œuvre, comme l’activation de zones cérébrales impliquées dans l’alimentation hédonique (ex. système endocannabinoïde), pouvant donner lieu à des choix d’aliments plus caloriques. Le manque de sommeil pourrait aussi être propice au décalage des apports alimentaires plus tard dans la journée, qui a pu être associé à des apports énergétiques plus conséquents et à la prise de poids.
Des dérégulations métaboliques en cas de désynchronisation
La désynchronisation entre les apports alimentaires et le rythme circadien naturel est en effet suspectée de favoriser la prise de poids. De nombreuses fonctions métaboliques de l’organisme (sécrétions hormonales, métabolisation des macronutriments…) affichent une rythmicité circadienne sur 24h. L’arrivée de nutriments sur des plages horaires correspondant à la « nuit biologique » (période d’inactivité/de repos d’une espèce) crée un « mésalignement » suspecté d’altérer les processus métaboliques.
Les chercheurs ont examiné les effets d’un tel mésalignement sur la dépense et la prise énergétique. Les études ayant simulé le travail de nuit (où l’on mange la nuit et dort le jour) montrent une réduction de la dépense énergétique (un effet opposé à celui de la seule privation de sommeil). Les effets sur la prise énergétique semblent moins évidents : une méta-analyse de 2016 n’a pas trouvé de différences entre les apports énergétiques de travailleurs en horaires décalés et non décalés ; toutefois, comme pour le manque de sommeil, des choix d’aliments moins sains/plus denses en énergie ont été rapportés. Les effets du mésalignement circadien sur la faim sont contrastés selon les études. Quant aux rares études ayant mesuré les hormones régulant l’appétit, elles suggèrent plutôt un effet orexigène (stimulant l’appétit) du mésalignement (ghréline acylée [2] augmentée, leptine et PYY réduits), dans des conditions où l’apport énergétique est contrôlé. Enfin, au-delà de l’apport énergique en tant que tel, des travaux chez la souris suggèrent que les plages horaires sur lesquelles les consommations ont lieu peuvent faire la différence, avec des prises de poids supérieures observées quand les apports ont lieu au cours de la nuit biologique.
Encore de nombreuses recherches à mener
Quoiqu’il en soit, les chercheurs estiment que des études plus nombreuses, simulant des situations de vie où les apports caloriques ne sont pas imposés, et où la désynchronisation est chronique/répétée, sont nécessaires pour préciser les effets du mésalignement circadien sur les apports caloriques et la prise de poids. Les chercheurs pointent également d’autres domaines de recherche prioritaires pour mieux comprendre les effets métaboliques du manque de sommeil et du non-respect du rythme circadien parmi lesquels : leurs effets sur l’activité physique, et en retour, les effets bénéfiques potentiels de l’activité physique pour compenser les méfaits métaboliques ; l’analyse des conséquences (positives et négatives) du sommeil de récupération (ex. : dormir plus longtemps le weekend) et des horaires des repas (ceux-ci étant liés au rythme circadien) ; et de façon plus générales, la mise au point d’interventions efficaces pour améliorer le sommeil, pallier les insuffisances de sommeil/désynchronisation des rythmes et préserver au mieux la santé métabolique.
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[1] Malgré cette tendance générale, les chercheurs soulignent la haute variabilité des réponses selon les individus
[2] Forme active de la ghréline stimulant l’appétit