Avril 2026
Les personnes âgées qui mangent seules ont-elles des apports alimentaires de moindre qualité nutritionnelle que celles partageant leurs repas avec d’autres ; et présentent-elles un état nutritionnel altéré ? Des chercheurs australiens ont réalisé la première revue à date sur le sujet. Après consultation de 4 bases de données et tri de près de 4 000 articles, ils ont identifié 24 études d’observation répondant à ces questions, pour la plupart transversales (n=19) et réalisées en Asie (11 au Japon et 4 en Corée). Seules les études portant sur des personnes âgées de 65 ans et plus, non institutionnalisées, étaient incluses.
Les chercheurs ont d’abord analysé les associations avec les apports alimentaires et nutritionnels :
- Sur les 6 études disponibles, 4 montraient que manger seul était associé à une plus faible qualité nutritionnelle [1] du régime et une moindre diversité alimentaire.
- La quasi-totalité des études concluaient à une moindre consommation de fruits (4 études sur 5), de légumes (5 études sur 5) et de viande (3 études sur 3).
- Toutefois, le statut nutritionnel, mesuré par le questionnaire MNA [2] dans deux études, n’apparaissait pas affecté en cas de repas pris en solo.
- Enfin, les seniors prenant leurs repas seuls déclaraient un plus petit appétit, dans la seule étude utilisant un questionnaire validé.
Les chercheurs ont ensuite analysé les associations avec les données anthropométriques :
- Les 4 études disponibles pointaient une association entre le fait de manger seul et la perte de poids, un critère d’alerte important pouvant signer l’entrée dans la fragilité [3]. Trois études suggéraient d’ailleurs un surrisque de fragilité chez les personnes âgées mangeant seules (qui pourrait en partie s’expliquer par la dépression).
- La majorité des études (7 sur 9) n’observaient pas d’association avec l’IMC ou l’insuffisance pondérale, ni d’association avec la masse musculaire (1 étude).
Alors que les effets de l’isolement et/ou du sentiment de solitude des personnes âgées sur les apports alimentaires sont déjà documentés, cette revue est la première à recenser spécifiquement les données sur le fait de manger seul. Les chercheurs soulignent cependant la diversité des façons de mesurer et d’interroger les sujets sur cette situation dans les différentes études, faute de questionnaire validé. Le développement d’un tel outil fait partie des pistes de recherche proposées.
Bien qu’observationnelles, les associations révélées ici suggèrent de potentielles conséquences délétères sur les apports alimentaires et le maintien du poids chez les personnes âgées mangeant seules. Les chercheurs appellent ainsi à intégrer des questions sur la dimension sociale des repas dans les entretiens de repérage des patients à risque nutritionnel. Des politiques soutenant le développement de programmes de repas partagés pour les personnes âgées pourraient permettre de réduire à la fois l’isolement social tout en améliorant les apports nutritionnels. Deux domaines majeurs du bien vieillir, dans lesquels tous les professionnels de la santé et du social ont un rôle à jouer !
[1] Outils de mesure non précisés dans l’étude
[2] Test du
Mini-Nutritional Assessment, dans sa version courte (MNA-SF)
[3] La fragilité est un syndrome clinique reflétant une diminution des capacités physiologiques de réserve qui altère les mécanismes d’adaptation au stress. Les patients sont dits fragiles en présence de différents critères « physiques » (perte de poids involontaire, épuisement ressenti, vitesse de marche ralentie, baisse de la force musculaire, sédentarité) auxquels peuvent s’ajouter des dimensions cognitives et sociales plus larges (humeur, motivation, motricité, équilibre…). Source :
HAS, Juin 2013.