Octobre 2025Comment l’insécurité alimentaire d’une part, l’insécurité nutritionnelle d’autre part participent-elles au fardeau des maladies cardiométaboliques comme le diabète, l’obésité ou les maladies cardiovasculaires ? C’est à ces questions que se sont intéressés des chercheurs américains en nutrition et santé publique dans une revue.
De la sécurité alimentaire à la sécurité nutritionnelle…
Les chercheurs prennent d’abord le temps de présenter la différence entre les concepts de sécurité alimentaire et de sécurité nutritionnelle (Figure 1). Alors que la sécurité/insécurité alimentaire [1] a été définie dès les années 1990, le concept de sécurité nutritionnelle est né plus récemment, reflétant la reconnaissance croissante de l’importance d’un accès à une alimentation saine en tant que déterminant de santé. Le concept s’inscrit dans la continuité du concept de sécurité alimentaire, en le complétant et sans le remplacer. Une définition actuellement proposée de la sécurité nutritionnelle, encore en construction, est la suivante : un accès régulier, une disponibilité et une accessibilité économique à des aliments et des boissons qui favorisent le bien-être, préviennent les maladies et, si nécessaire, en permettent le traitement.
Figure 1 : De la suffisance alimentaire à la sécurité nutritionnelle
Des premiers outils de mesure de l’insécurité nutritionnelle, encore en cours de développement, permettent de constater que les deux concepts sont liés mais reflètent des réalités différentes : certains individus estiment qu’il est difficile de se procurer régulièrement et de consommer des aliments sains favorables à leur bien-être (= insécurité nutritionnelle) sans pour autant être considérés en situation d’insécurité alimentaire. Et vice-versa.
… aux maladies cardiométaboliques
Les chercheurs analysent ensuite comment chacune de ces deux situations interagissent et participent à accroître les risques de maladies cardiométaboliques (diabète, obésité, hypertension, maladies cardiovasculaires) dans la population (Figure 2).
- En touchant les populations les plus défavorisées, l’insécurité alimentaire serait à la fois le reflet et l’un des mécanismes médiant les effets des inégalités sociales sur la santé. L’insécurité alimentaire limite l’accès à une alimentation de bonne qualité nutritionnelle (= insécurité nutritionnelle, voir paragraphe suivant). Elle pousse les individus à mettre en place des comportements compensatoires desservant leur santé (par exemple, renoncer à des soins médicaux pour pouvoir s’acheter à manger) et provoque des états psychologiques délétères (stress, dépression, moindre sentiment d’efficacité personnelle) affectant eux même la qualité de vie (insomnies…) et augmentant les comportements à risque pour faire face (alcool, tabagisme, consommation d’aliments de haute densité énergétique…). Autant de facteurs pouvant faire le lit de maladies cardiométaboliques.
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Quant aux voies d’action de l’insécurité nutritionnelle, on ne compte plus les études démontrant les effets métaboliques d’un régime de pauvre qualité nutritionnelle sur la santé, qui passent par l’insulino-résistance, le gain de poids, l’inflammation systémique, ou encore l’altération de la composition du microbiote intestinal.
Figure 2 : Mécanismes par lesquels l’insécurité alimentaire et l’insécurité nutritionnelle participent aux maladies cardiométaboliques.
[1] L’insécurité alimentaire est définie aux Etats-Unis comme une disponibilité limitée ou incertaine à des aliments nutritivement adéquats et sûrs, ou comme une capacité limitée ou incertaine à se procurer des aliments acceptables de manière socialement acceptable.
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