Le climat est incontrôlable mais la betterave est une plante résiliente !

Rencontre avec Vincent Laudinat, directeur général de l’Institut Technique de la Betterave

Le climat est incontrôlable mais la betterave est une plante résiliente ! | Cultures Sucre
Septembre 2026

À l’heure où démarre la campagne sucrière 2026-2027, le directeur général de l’Institut Technique de la Betterave (ITB), Vincent Laudinat, évoque l’impact d’une saison marquée par les canicules ainsi que les perspectives ouvertes par la recherche dans la lutte contre les agresseurs de la betterave.


Comment la récolte se présente-t-elle ?
La betterave sucrière est un organisme vivant qui, comme tout végétal, a besoin de conditions favorables à sa croissance. Or, cette année, les conditions climatiques ne lui ont pas permis d’exprimer tout son potentiel, ce qui se traduira par des résultats inférieurs à la moyenne sur cinq ans [1]. Le climat de l’année se caractérise par une absence de pluie sur les mois d’été qui a ralenti, voire stoppé, la croissance des plantes avec pour conséquence d’affecter la récolte [2]. Le bilan affichera sans doute des disparités régionales significatives dans la mesure où les Hauts-de-France et la Normandie ont bénéficié de pluies à partir du 20 août, ce qui n’est pas le cas de la Champagne et de l’Île-de-France. Cette situation est d’autant plus regrettable que le début de campagne était bien engagé, avec de belles levées... jusqu’à ce que la situation bascule à partir de la mi-juin.


Quels sont les effets des fortes chaleurs cumulées à la sécheresse ?
L’arrêt de la croissance dû au manque d’eau impacte à la fois la racine et les feuilles. Ainsi, selon les prélèvements effectués mi-août, le poids racinaire est en retrait de 18 % et le développement foliaire en chute de plus de 50 %. Or, sans la protection des feuilles, la plante est encore plus sensible aux canicules qui vont progressivement l’affaiblir et la rendre moins résistante aux agresseurs. Dès lors, la combinaison sécheresse et fortes chaleurs est particulièrement favorable au rhizopus, un champignon pathogène qui fait pourrir la racine et dont la prolifération observée cette année, a rendu des parcelles entières non récoltables. Il en va de même pour les chenilles de teignes et le charançon de la betterave (lixus) qui sont deux redoutables ravageurs : non seulement, ils contribuent à bloquer la croissance mais, en plus, ils infligent à la plante des blessures qui ouvrent la porte à d’autres agresseurs (virus, bactéries). Certes, la betterave est une plante résiliente mais cette année, les rendements seront en forte baisse par rapport à la moyenne 5 ans, avec un impact évident sur la production nationale de sucre.


Où en est-on au niveau des jaunisses de la betterave qui concentrent toutes les inquiétudes depuis plusieurs années ?
La situation n‘a pas permis d’évaluer précisément l’incidence des viroses responsables des jaunisses en raison du déficit de feuilles [3]. Mais la menace reste bien présente. On a continué à observer des infestations dans les parcelles moins touchées par les dégâts évoqués précédemment. Le Plan National Recherche et Innovation (PNRI) – lancé en 2021 et prolongé en 2024 par le PNRI Consolidé (PNRI-C) – est un programme de recherche extraordinaire, entièrement dédié à cet enjeu. Il nous a permis d’acquérir des connaissances inédites sur les populations de pucerons et sur la dynamique virale. On a notamment identifié les plantes réservoirs de pucerons ou de viroses : repousses de betteraves récoltées, moutarde, colza, phacélie... La première démarche consiste à supprimer ces réservoirs et/ou à limiter la transmission vers la betterave. Soit en semant des « plantes compagnes » (orge, avoine) qui, mélangées aux betteraves, éloignent les pucerons. Soit en utilisant des produits de prophylaxie à durée très courte (7 à 14 jours). Soit, en dernier recours, en recourant à des produits phytosanitaires complémentaires qui font l’objet de dérogations délivrées au cas par cas. Toutes ces interventions sont effectuées dans le total respect de la réglementation en vigueur dans notre pays [4].


Est-on encore loin d’un remède universel ?
Le PNRI nous a permis de tester de nouvelles voies pour conduire la culture de la betterave mais on n’a pas trouvé de solutions aussi efficaces et assurantielles que les produits utilisés antérieurement, surtout en cas de forte d’infestation. On arrive à contrôler, à mieux prévenir, mais pas à endiguer. Les résultats définitifs du PNRI-C seront publiés à échéance du plan, fin 2027. Les voies scientifiques et expérimentales les plus prometteuses continueront à être explorées (plantes compagnes, sélection variétale...). Notamment à travers un dispositif élargi, le PARSADA, plan français qui vise à développer des solutions alternatives pour la protection des cultures les plus exposées aux nouveaux risques biologiques et climatiques. En tant qu’organisme expert de la filière betterave-sucre, l’ITB y jouera pleinement son rôle !




[1] Indicateur mis en place par les acteurs de la filière pour suivre la productivité des cultures sur la base des cinq dernières campagnes représentatives, soit 34 Mt de betteraves à 16 % de richesse en sucre. Source : CGB.
[2] Les prélèvements réalisés en août 2026 laissent entrevoir une baisse de production nationale de plus de 20 %. Source : AIBS
[3] La jaunisse de la betterave est inoculée à travers les feuilles lorsqu’elles sont mordues par les pucerons porteur du virus.
[4] Les produits soumis à dérogation ne font pas partie des fameux « néonicotinoïdes » qui sont interdits en France, de même que certains produits non néonicotinoïdes que la réglementation française assimile à cette famille de traitements phytosanitaires.
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