Octobre 2025
C’est une relation pouvant être contre-intuitive mais régulièrement rapportée : les personnes en situation d’insécurité alimentaire sont plus à risque d’obésité. Une nouvelle étude a éprouvé la robustesse de l’association selon le niveau d’insécurité alimentaire, le sexe ou encore l’âge des individus, en utilisant les données de plus de 20 000 adultes américains issues des enquêtes NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey).
Des mesures objectives et fines de l’obésité
Réalisées tous les deux ans auprès d’échantillons représentatifs de la population, ces enquêtes nationales mesurent notamment les consommations alimentaires, mais procèdent également à des mesures anthropométriques (poids, taille, tour de taille). Ces mesures objectives ont ici été utilisées pour définir la présence ou non d’une obésité chez les individus, selon la définition classique (IMC ≥ 30 kg/m²). En complément, les chercheurs ont calculé des indices (dérivés du tour de taille rapporté à la taille et au poids) rendant mieux compte de la répartition des graisses corporelles, à savoir la rondeur corporelle (body roundness, BRI) et l’indice de silhouette corporelle (body shape index).
L’insécurité alimentaire était quant à elle mesurée à partir de 10 questions, issues du questionnaire plus vaste en 18 questions établi par les autorités américaines, évaluant aussi bien les inquiétudes à l’idée de manquer de nourriture, le fait de réduire ses portions ou de sauter des repas voire de ne pouvoir manger certains jours faute de nourriture suffisante. Les réponses permettaient de classer les individus selon 4 niveaux de sécurité alimentaire : assurée (68,0 % des individus), incertaine (12,3 %), faible (10,7 %) ou très faible (9,0 %).
Une relation spécifique aux femmes ?
Les analyses réalisées montrent que le risque d’obésité est accru dès le premier niveau d’insécurité alimentaire et augmente ensuite avec le niveau d’insécurité alimentaire ; de même pour les autres indices d’adiposité viscérale. Quand on sépare les individus selon leur sexe, la relation demeure chez les femmes, mais pas chez hommes (ou seulement aux plus hauts niveaux d’insécurité alimentaire). La relation entre insécurité alimentaire et obésité/rondeur corporelle [1] s’avère également présente quelle que soit la tranche d’âge (jeunes adultes < 40 ans, milieu de vie adulte, et personnes âgées ≥ 65 ans).
A noter, ces relations entre insécurité alimentaire et obésité sont indépendantes d’une série de facteurs reflétant le mode de vie, les habitudes de santé et le niveau socio-économique des sujets, qui ont été pris en compte dans les modèles. Bien qu’on ne puisse pas conclure à une relation de causalité à partir de données d’observation, les chercheurs avancent plusieurs pistes explicatives possibles : la plus faible qualité alimentaire des repas des personnes en situation d’insécurité alimentaire est pointée, de même que le stress ressenti face aux difficultés alimentaires (qui peut stimuler l’envie d’aliments riches en énergie).
Les femmes, plus souvent responsables de la gestion des repas au sein des foyers, pourraient être davantage touchées par ces deux dimensions, d’une part parce qu’elles ont tendance à « sacrifier » leur propre alimentation pour protéger leurs enfants de l’insécurité alimentaire, d’autre part parce qu’elles sont aussi plus conscientes de la situation alimentaire du foyer quand celle-ci devient critique. Cela pourrait expliquer l’association spécifiquement observée dans la population féminine dans l’étude.
La fatigue/le sommeil altéré, voire la dépression, associés à l’insécurité et aux inquiétudes alimentaires, pourrait aussi provoquer un moindre engagement dans des activités physiques, contribuant à réduire la dépense énergétique. L’obésité pourrait enfin résulter en partie de la tendance de l’organisme à stocker de la graisse comme réserve énergétique, suite à des périodes de manque/d’insuffisance alimentaire.
[1] Plus sporadique avec l’indice de silhouette corporelle
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