Mars 2026
Redoutée par fumeurs, la prise de poids représente un frein bien connu à l’arrêt du tabagisme et un indéniable motif de rechute. Les 4 kilos pris en moyenne après une année de sevrage sont en partie attribués à la disparition des effets stimulants de la nicotine, qui accroit le métabolisme.
Des changements comportementaux pourraient également contribuer au phénomène mais les études précédentes demeuraient contradictoires quant à une éventuelle augmentation de la faim et de la prise calorique. D’où cet essai clinique mené en Espagne qui analyse les changements dans la demande alimentaire au cours d'un sevrage tabagique chez 120 adultes en surpoids et cherche à identifier les prédicteurs de ces changements.
Les participants ont bénéficié d’un traitement de 8 semaines, soit par thérapie cognitivo-comportementale (TCC) classique (sevrage et prévention de la prise de poids), soit par TCC associée à des incitations financières en cas d'abstinence confirmée. La demande alimentaire a été mesurée via une tâche d'achat de nourriture hypothétique (FPT) au départ, semaine 5 et en fin de traitement (semaine 8).
Un renforcement de la valeur des aliments ?
Le taux d'abstinence a atteint 73 % à la fin de la prise en charge. La réduction du tabac (mesurée par la cotinine urinaire) semble liée à un renforcement de la valeur de la nourriture, ce qui pourrait contribuer à la prise de poids. L'arrêt de la nicotine pourrait déréguler le système de récompense du cerveau (dopamine), rendant les aliments palatables plus attractifs pour restaurer l'équilibre.
Certains facteurs prédisent cette demande alimentaire accrue : des inquiétudes supérieures quant au poids, une augmentation des envies alimentaires (craving), et les incitations financières (en raison d'une meilleure abstinence ou d'une sensibilité accrue aux récompenses non liées au tabac ?). Étonnement, ni le sexe, ni l’IMC, ni la confiance dans la capacité à contrôler son poids après l’arrêt du tabac n’étaient associés à la FPT.
Selon les auteurs, ces résultats plaident en faveur de stratégies thérapeutiques concrètes (thérapies combinées ciblant l’arrêt du tabac et la gestion du poids, et/ou stratégies complémentaires de modification des comportements) ciblant le tabagisme et la gestion du poids chez les personnes en surpoids ou obèses, car l’augmentation de la valeur renforçatrice de la nourriture peut entraîner un apport énergétique plus élevé, une prise de poids et un risque accru de rechute.