Décembre 2024
Témoins de progrès vers la parité, les Jeux Olympiques de Paris seraient les premiers de l’Histoire à avoir accueilli autant d’athlètes femmes que d’athlètes hommes. Pour autant, il n’en va pas (encore) de même pour ce qui est de la littérature scientifique dédiée aux athlètes féminines : par exemple, seulement 6 % des études dédiées aux stratégies de supplémentation en glucides – pourtant l’une des questions les plus étudiées dans le domaine du sport – auraient inclus des femmes dans leur échantillon ! Tout en rappelant les spécificités physiologiques des athlètes féminines, des chercheurs espagnols en nutrition et activité physique ont rassemblé dans une revue systématique les résultats des essais nutritionnels à date ayant ciblé spécifiquement des femmes sportives.
Des spécificités féminines…
Les femmes ne sont pas des athlètes comme les autres, à bien des égards :
- Sous l’effet des hormones féminines (œstrogènes et progestérone), les femmes développent une composition corporelle différente de celle des hommes, caractérisée par une adiposité plus présente (localisée essentiellement au niveau des seins et de la zone hanche-fessier).
-
Les différences anthropométriques et hormonales entre hommes et femmes se traduisent par exemple par des performances musculaires accrues de 30 % chez les hommes en moyenne.
- Un métabolisme différent est également observé, avec une utilisation plus élevée de lipides chez les femmes au détriment des glucides.
-
Les femmes en âge de procréer sont sujettes aux fluctuations hormonales au cours de leur cycle menstruel, caractérisées par une hausse des œstrogènes au cours de la 1ère moitié du cycle (phase folliculaire), puis un pic de progestérone au cours de la 2nde moitié (phase lutéale). Ces variations hormonales sont susceptibles d’influer sur le métabolisme énergétique : l’œstradiol est connu pour favoriser la lipolyse tandis que la progestérone réduit la glycogénolyse hépatique et augmente la dégradation des protéines…
- Certaines athlètes connaissent des troubles du cycle menstruel (aménorrhée) – qui peuvent être liés à des apports énergétiques insuffisants au vu des besoins élevés (voir notre brève à ce sujet) – associés à des risques de perte osseuse.
...peu prises en compte dans les études
Compte tenu de ces spécificités physiologiques, on peut ainsi s’étonner du peu de recherches dédiées aux besoins nutritionnels spécifiques des athlètes féminines. Dans leur revue systématique, les chercheurs ont recensé seulement 71 essais nutritionnels menées spécifiquement chez des femmes. Un nombre jugé très faible par les auteurs au regard du nombre d’essais menés chez des athlètes hommes (celui-ci n’est toutefois pas mentionné dans l’étude).
Outre le nombre réduit d’essais, se pose aussi la question de leur qualité. Seulement 5 % présentent un risque de biais faible, et 77 % un risque de biais jugé peu clair (non évaluable en raison d’informations indisponibles). Autre constat : seulement 31 % (22 études) menées chez les femmes précisent la phase menstruelle pendant laquelle se déroule l’étude, et 4 études seulement étudient explicitement l’effet de facteur. Enfin, alors que les sociétés savantes invitent à établir d’abord un plan nutritionnel adapté aux athlètes à partir des aliments courants, et à l’optimiser ensuite éventuellement à partir de compléments alimentaires, la grande majorité (54/71) des essais menés ont testé les effets de supplémentations diverses (vitamines, fer, caféine, colostrum bovin…).
Macronutriments : optimiser les performances
Parmi les 17 essais ayant modulé le régime en première intention, ceux cherchant à optimiser les apports en glucides chez les femmes retrouvent les conclusions obtenues chez les athlètes masculins : une quantité accrue de glucides dans le régime avant un effort d’endurance permet de maximiser les stocks de glycogène et peut accroître les performances dans les situations où les stocks de glycogène constituent un facteur limitant. Deux essais ont étudié spécifiquement la stratégie du « train low », qui consiste à limiter les glucides au cours de l’entraînement pour accélérer certaines adaptations métaboliques de l’organisme (voir notre précédente brève à ce sujet). Résultats ? Si cela a permis de modifier la composition corporelle (réduction de la masse grasse), la performance était au mieux non modifiée, au pire moins bonne qu’en cas de régime riche en glucides.
Côté protéines, deux études suggèrent les effets probants d’apports de l’ordre de 25 g de protéines/repas (jusqu’à 2,4 g/kg poids corporel/j) sur la masse maigre et la force musculaire.
À ces résultats s’ajoutent ceux des essais de supplémentation pendant ou après l’effort. On peut notamment citer les résultats obtenus chez des femmes cyclistes montrant une amélioration des performances en cas de consommation d’un supplément combinant glucides et protéines (versus glucides seuls) au cours d’une épreuve d’endurance. Quant à la période post-exercice précoce, plusieurs essais suggèrent les effets positifs de suppléments protéiques (> 0,25 g/kg pc) sur le développement musculaire et la performance physique ultérieure.
Micronutriments : prévenir les carences
Des essais de supplémentation ont également cherché à prévenir ou rectifier des déficiences en certains micronutriments. Ils sont toutefois peu nombreux, en dépit des risques nutritionnels que peuvent engendrer les situations de certaines athlètes (restriction énergétique, éviction de certains groupes alimentaires, perte de poids…). Cette population pourrait notamment présenter un risque accru de déficience en fer, du fait de besoins spécifiques liés à la pratique sportive qui peuvent s’additionner aux besoins physiologiques et liés aux menstruations, tandis que les apports alimentaires sont parfois insuffisants (régime hypocalorique…). Trois essais rapportent une amélioration du statut en fer chez des femmes sportives suite à la consommation de compléments alimentaires. Aucun essai de supplémentation en calcium ou vitamine D n’a en revanche été identifié chez les femmes sportives malgré les risques osseux présents chez certaines (mais des essais testant les effets de repas enrichis en produits laitiers existent). Des essais ont aussi testé les effets de supplémentations en vitamines antioxydantes (A, E, C) afin de contrer les dommages oxydatifs résultant de charges d’entraînement élevées, sans révéler d’effets probants.