Octobre 2025Des mesures nutritionnelles devraient être pleinement intégrées au parcours de santé des patients afin de prévenir et traiter les maladies, mais aussi de réduire les inégalités de santé aux États-Unis : tel est le propos de cet article de revue signé par différents experts et professionnels de la nutrition et de la santé, sous l’égide de la Société américaine de cardiologie.
L’approche « Food is Medicine »
Alors que la nutrition est reconnue comme un facteur majeur de prévention primaire et secondaire des maladies cardiovasculaires – première cause de mortalité au niveau mondial –, les chercheurs estiment qu’elle a longtemps été trop peu intégrée dans le suivi de santé et le parcours de soins des individus (de même que dans la formation des médecins). Des simples recommandations alimentaires pour la population générale à des prescriptions de repas sur mesure pour des patients à haut risque, les chercheurs conceptualisent un continuum de mesures nutritionnelles à intégrer au parcours de santé (Figure), avec des actions plus ou moins intensives et ciblées selon les situations individuelles, dans une approche qu’ils désignent sous l’appellation Food is Medicine (FIM).
Figure : Continuum des mesures nutritionnelles de type « Food is Medicine » dans le parcours de santé des individus
Des programmes de prévention populationnels jusqu’aux menus personnalisés dans le traitement médical de certains patients, l’approche « Food is Medicine » peut être conceptualisée comme un continuum de mesures ciblant la qualité nutritionnelle des régimes en tant que déterminant direct de la santé des individus.
- En prévention, des programmes pilotés par les pouvoirs publics s’adressent à la population générale. Certains (niveau 1 de la pyramide sur la figure) œuvrent à sensibiliser les individus aux bienfaits d’une alimentation saine et à améliorer l’environnement alimentaire (politiques nutritionnelles, étiquetage, taxes…). D’autres cherchent à améliorer la « sécurité nutritionnelle » des individus (niveau 2), définie ici comme l’accès à une alimentation permettant le bien-être et la prévention ou le traitement des maladies. Ces derniers programmes (ex. bons alimentaires, repas gratuits à l’école) sont destinés aux populations à bas revenus ; ils vont au-delà de la simple lutte contre l’insuffisance alimentaire, répondant généralement à des standards de qualité nutritionnelle.
- À ces programmes généralistes, s’ajoutent des interventions nutritionnelles à destination des individus touchés par la maladie. Les interventions peuvent être des prescriptions subventionnées de produits sains (coupons pour l’achat de fruits et légumes par exemple) pour des patients ayant développé une maladie mais autonomes dans leur quotidien (niveau 3 de la pyramide), des paniers de courses livrés à domicile ou à récupérer dans certains centres de soins pour des patients dans des situations intermédiaires (niveau 4), voire des repas adaptés entièrement fournis (niveau 5 au sommet de la pyramide) pour certains patients atteints de maladies graves limitant fortement leurs capacités fonctionnelles (insuffisance cardiaque, cancers…). Si la présence d’une maladie (plus ou moins invalidante) est parfois le seul critère d’éligibilité requis à l’intégration d’un tel programme d’intervention nutritionnelle, en pratique, ces programmes sont souvent déployés en priorité auprès des plus défavorisés.
Pour les chercheurs, l’objectif premier des approches Food is Medicine est certes d’améliorer la qualité nutritionnelle des régimes en tant que déterminant direct de la santé des individus. Toutefois, dans les faits, la mauvaise alimentation et les maladies associées touchent davantage les populations défavorisées. En ce sens, les approches FIM pourraient ainsi largement participer à réduire les inégalités de santé
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Des améliorations des marqueurs de la santé cardiométabolique
En l’état des connaissances, un certain nombre de recherches ont déjà documenté l’efficacité des approches de type FIM. La plupart des essais de prescription subventionnée de produits sains montrent ainsi une amélioration des consommations alimentaires et de la sécurité alimentaire des individus ; de même pour les (rares) interventions fournissant des repas adaptés aux patients ayant fait l’objet d’une évaluation. Des améliorations cliniques de différents marqueurs de la santé cardiométabolique tels que la réduction de l’hémoglobine glyquée, de l’IMC, ou de la pression artérielle sont également rapportées. Toutefois, compte tenu des limites des études disponibles (études avant/après sans groupe témoin, etc.), les chercheurs pointent la nécessité de développer des études plus robustes, notamment des essais randomisés contrôlés, sur des échantillons et durées significatifs.
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