Septembre 2025Alors que l’alimentation est un déterminant majeur de la santé, des régimes déséquilibrés – qui touchent particulièrement les populations défavorisées, creusent des inégalités de santé. Des chercheurs ont proposé pour la première fois une revue des inégalités alimentaires dans les pays à revenu élevé. À travers l’analyse de 59 études observationnelles – dont plus de la moitié aux États-Unis –, ils ont exploré les déterminants sociaux des inégalités alimentaires et ont proposé des pistes d’action pour lutter contre l’insécurité alimentaire.
Les déterminants de l’insécurité alimentaire
Dans les pays riches, l’insécurité alimentaire est principalement liée à des contraintes économiques : faibles revenus, instabilité professionnelle, logement précaire. L’insécurité alimentaire est aussi aggravée par des facteurs environnementaux et sociaux. Les personnes vivant dans des zones rurales, les familles monoparentales et les personnes à faible niveau d’éducation sont particulièrement exposées. Les minorités ethniques, même à revenu égal, présentent souvent des habitudes alimentaires moins favorables, notamment en raison de discriminations ou d’un accès limité à des ressources adaptées.
Ces inégalités alimentaires s’installent dès la petite enfance. Plusieurs études montrent que les enfants issus de milieux défavorisés consomment moins de fruits et légumes, plus de boissons sucrées et sautent plus souvent le petit-déjeuner. Ces habitudes, acquises tôt, influencent durablement la santé. Les adolescents et jeunes adultes issus de familles à faible statut socioéconomique présentent également une alimentation de moindre qualité, avec une consommation plus élevée de fast-foods et de snacks (voir notre brève « Littératie alimentaire : un levier suffisant pour une alimentation saine, même en contexte de précarité ? »). L’éducation parentale joue un rôle central dans la construction des habitudes alimentaires dès l’enfance, notamment à travers la transmission de connaissances, d’attitudes et de pratiques liées à l’alimentation. Les parents ayant un faible niveau d’éducation ou une littératie en santé [1] limitée ont souvent moins de ressources pour adopter et transmettre des habitudes alimentaires saines, ce qui peut affecter durablement les choix nutritionnels des jeunes.
Les mécanismes en jeu
Les auteurs identifient plusieurs mécanismes permettant d’expliquer ces comportements moins favorables à la santé chez les personnes en situation d’insécurité alimentaire.
- En premier lieu, le coût des aliments sains (fruits, légumes, poissons, produits complets) est souvent prohibitif pour les ménages à faibles revenus. Les produits ultra-transformés, riches en calories mais pauvres en nutriments, peuvent parfois paraître plus abordables et plus rassasiants à court terme.
- L’environnement alimentaire joue également un rôle majeur : aux Etats-Unis par exemple, les « déserts alimentaires » sont nombreux, avec une offre limitée en produits frais, alors que les fast-foods et supérettes proposant des produits ultra-transformés sont plus accessibles.
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Le manque de temps et la charge mentale expliquent aussi ces inégalités. En effet, les personnes confrontées à des difficultés financières ou sociales doivent faire face à une multitude de stress quotidiens, gérant parfois plusieurs emplois, des horaires atypiques et des responsabilités familiales. Le temps disponible pour cuisiner, planifier les repas ou faire les courses est réduit, tout comme la capacité mentale à prioriser une alimentation saine.
- Enfin, les compétences culinaires et nutritionnelles constituent un autre facteur de poids. Une faible littératie en santé souvent corrélée à un faible niveau d’éducation, limite la capacité à faire des choix alimentaires éclairés ou à transformer des produits bruts en repas équilibrés.
Ainsi, ces différents facteurs se cumulent, complexifiant l’accès à une alimentation saine.
Des stratégies pour lutter contre la précarité alimentaire
Face à ce constat, les auteurs appellent à des interventions coordonnées, impliquant les décideurs politiques, les chercheurs et les professionnels de santé publique. Par exemple, des incitations fiscales permettraient de réduire les inégalités sociales en matière d’alimentation. Quant à l’environnement, pour les Etats-Unis, une promotion des marchés de producteurs, des vendeurs mobiles, ou une limitation de l’installation de fast-foods sont autant de mesures évoquées pour favoriser l’accès à une offre alimentaire de qualité dans leurs déserts alimentaires notamment. Des programmes d’éducation nutritionnelle adaptés aux réalités locales permettraient également d’améliorer la littératie des parents et des jeunes. Enfin, les auteurs proposent de renforcer le rôle de l’école comme vecteur d’équité alimentaire, en y transmettant les compétences alimentaires et en subventionnant les repas pour les plus défavorisés. Les auteurs soulignent enfin l’importance d’intégrer les spécificités culturelles, religieuses et sociales dans les politiques alimentaires afin de permettre à tous d’avoir accès à une alimentation équilibrée.
[1] manque de connaissances en nutrition ou de savoir-faire culinaire
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