Et si la néophobie alimentaire – cette tendance à éviter les aliments nouveaux, qui peut impacter les apports nutritionnels et la qualité de vie – relevait aussi de mécanismes cognitifs, en plus de ses dimensions sensorielles et émotionnelles sous-jacentes ? Des chercheurs ont exploré cette hypothèse à travers deux études testant les associations entre le degré de néophobie alimentaire et la capacité (cognitive) d’imagerie mentale, c’est-à-dire la capacité à imaginer des sensations ressenties sans en faire réellement l’expérience (par exemple, imaginer les sensations produites par un morceau de chocolat dans la bouche… sans morceau de chocolat dans la bouche).
Dans un premier échantillon (n= 1 443 Néo-Zélandais, Britanniques et Américains ; 39 ans en moyenne, 55 % de femmes), les chercheurs montrent que les individus peu sujets à la néophobie alimentaire (selon la Food Neophobia Scale) présentent une meilleure capacité d’imagerie mentale en général (mesurée par un questionnaire non spécifique aux sensations alimentaires), et ceci pour différentes dimensions sensorielles (tactiles, olfactives, auditives, etc.).
Pour approfondir ces résultats dans un contexte alimentaire, les chercheurs ont ensuite demandé à 82 étudiants néo-zélandais (22 ans, 64 % de femmes) de regarder des images d’aliments (fruits et légumes familiers), puis de mentaliser leur flaveur et leur texture. Une plus grande facilité à mentaliser les flaveurs (mais pas les textures) est alors rapportée chez les sujets du tertile le moins néophobe (par rapport aux sujets plus néophobes des deux autres tertiles), mais seulement pour certains aliments (manque de puissance statistique ?).
Pour les chercheurs, si ces résultats ne sont qu’une première étape pointant seulement des associations, ils suggèrent une possible implication de processus cognitifs dans la néophobie alimentaire, à même d’interagir avec les processus émotionnels (une meilleure représentation mentale des sensations produites par de nouveaux aliments pourrait par exemple tempérer l’anxiété ressentie face à eux). Ils encouragent la poursuite de travaux de recherche ciblant les capacités de représentation mentale des sensations alimentaires pour mieux comprendre et, éventuellement, réduire la néophobie alimentaire.
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