Avril 2026
Les enquêtes se suivent et le confirment : dans les pays occidentaux dont la France, trop peu d’enfants atteignent les niveaux d’activité physique recommandés [1]. Pour y remédier, certains programmes s’appuyant sur la théorie des comportements planifiés (Theory of Planned behaviour) – l’un des cadres théoriques les plus utilisés pour comprendre et promouvoir les changements de comportements en santé – ont été développés. C’est le cas du Grand Défi Vivez Bougez (GDVB, The Great Live and Move Challenge), programme élaboré par des chercheurs français pour promouvoir l’activité physique d’enfants de 7 à 11 ans, dont l’efficacité a été testée dans une étude menée dans une centaine d’écoles du sud de la France.
Du cadre théorique… à la pratique physique
Selon la théorie des comportements planifiés, les intentions constituent l’un des principaux prédicteurs de nos comportements (Figure 1). Ces intentions dépendent elles-mêmes de trois déterminants : 1. nos croyances/attitudes relatives au comportement souhaité (par exemple ici, l’activité physique est bénéfique pour le corps, l’humeur, les relations sociales…), 2. les normes subjectives intégrées à propos de ce comportement (ex : connaissance des recommandations d’activité physique attendue pour les enfants), et 3. le degré de contrôle/capacité perçu à mettre en place le comportement (ex. se sentir capable d’atteindre les objectifs d’activité physique attendus, savoir comment, où et combien de fois pratiquer par semaine, etc.)
Figure 1 : Théorie des comportements planifiés, cadre théorique du Grand Défi Vivez Bougez
Source : Adaptée de Cousson-Gélie et al. BMC Public Health 2019 Apr 3;19(1):367
Le programme GDVB a ainsi été conçu :
- de façon à cibler les trois types de déterminants (croyances, normes et contrôle perçu) des intentions (phase dite motivationnelle)
- de façon à maximiser la transformation des intentions en comportement d’activité physique, en aidant les jeunes à concrétiser leurs intentions en actions tangibles et planifiées (phase dite « volitionnelle », i.e. phase de mise en œuvre/passage à l’action)
Un programme ludique et fédérateur
Concrètement, 2 723 enfants issus de 100 écoles du Gard, de l’Hérault et de l’Aude étaient randomisés entre un groupe d’intervention (n = 1 420) et un groupe témoin (n = 1 303). Dans les classes bénéficiant de l’intervention GDVB, 7 modules successifs étaient dispensés aux enfants (voir tableau récapitulatif des modules). Chacun ciblait l’une des variables susceptibles de favoriser le comportement d’activité physique, selon la théorie des comportements planifiés (croyances, normes subjectives, contrôle perçu, intentions).
Le narratif central, construit autour d’un but commun, consistait à encourager les enfants à récolter, tous ensemble, le maximum de cubes d’énergie, un cube étant gagné pour la réalisation de 15 minutes d’activité physique. En parallèle d’une sensibilisation des enfants aux bienfaits de l’activité physique, des sessions de pratique ludique étaient proposées par les enseignants pendant le temps scolaire, et par des personnels de la ville (animateurs ou divers agents municipaux) pendant les temps périscolaires et les weekends. L’intervention durait 6 semaines au cours de l’année scolaire, et était répétée l’année suivante.
Aider les intentions de pratique à se concrétiser
À la fin de la deuxième année d’intervention, une proportion plus importante d’enfants atteignait les recommandations d’activité physique [2] dans le groupe ayant reçu l’intervention GDVB par rapport au groupe témoin (10 points d’écart environ : 88,2 % versus 77,7 % dans le groupe témoin – Figure 2).
Figure 2 : Proportion d’enfants atteignant les recommandations internationales d’activité physique (≥ 60 min/jour) dans le groupe participant au Grand Défi Vivez Bougez (ligne en trait plein) et dans le groupe témoin (ligne en pointillés).
De façon inattendue, les analyses de médiation réalisées n’ont pas permis de montrer que l’effet bénéfique du programme GDVB sur l’activité physique passait par les variables intermédiaires de la théorie des comportements planifiés – remettant en question le modèle théorique sous-jacent. Néanmoins, les liens entre les intentions de pratique et la pratique réelle se trouvaient renforcés dans le groupe d’intervention par rapport au groupe témoin. Autrement dit, les enfants exposés au programme GDVB convertissaient davantage leurs bonnes intentions en pratique réelle. Pour les chercheurs, cela souligne le rôle important des modules de la phase volitionnelle, qui créent des conditions favorisant la mise en œuvre des intentions (ex. : opportunités de pratiques données par les encadrants, planification par les enfants de la façon dont ils pourraient gagner des cubes…).
Enfin, dans le groupe d’intervention, la proportion d’enfants atteignant les recommandations d’activité physique se maintenait, voire augmentait, à un an (i.e. avant la deuxième édition du programme la seconde année), suggérant un impact cumulatif potentiel lors de la répétition d’un tel programme année après année.
[1] au moins 60 minutes par jour d’activités modérées à intenses
[2] A noter, cette différence n’était toutefois pas retrouvée dans un sous-échantillon restreint d’enfants (n=232) dont l’activité physique était mesurée par accéléromètre (versus questionnaire international IPAQ dans l’échantillon global)