Juin 2026
Des chercheurs italiens ont rassemblé dans une revue narrative les données pointant l’implication des troubles gustatifs et d’une fonction orale dégradée dans la fragilité systémique et le déclin cognitif, voire la survenue de maladies neurodégénératives, chez les personnes âgées. Ces différents facteurs pourraient agir les uns sur les autres, parfois de façon réciproque, dans un cercle vicieux conduisant à une dégradation de l’état nutritionnel et à l’aggravation de troubles cognitifs, émergents ou installés, selon les sujets (Figure).
Figure : Troubles gustatifs et oraux, malnutrition, fragilité et déclin cognitif : un cercle vicieux
Les relations entre ces différentes conditions sont multiples et bidirectionnelles. Par exemple, les troubles gustatifs (perte de goût) peuvent impacter significativement les apports nutritionnels et contribuer au développement de la fragilité [1] chez les personnes âgées. Ces troubles figurent aussi parfois parmi les symptômes précoces de maladies neurodégénératives et sont associés à la sévérité de la maladie d’Alzheimer.
Les chercheurs s’arrêtent également sur le concept récent de « fragilité orale » (encore en construction), désignant la présence d’altérations multiples de la structure et des fonctions orales, associée à un déclin des fonctions physiques, cognitives et/ou ou sociales. Deux indicateurs clés de la fragilité orale – la maladie parodontale et le nombre de dents perdues – ressortent comme très fréquemment associés au déclin cognitif et à la démence.
Les hypothèses mécanistiques liant santé orale et déclin cognitif ne manquent pas, allant d’une aggravation de la malnutrition à une exacerbation de l’inflammation, en passant par les effets délétères des troubles oraux sur la qualité de vie, le bien-être et la vie sociale. Pour les chercheurs, les troubles oraux liés à l’âge ne seraient pas simplement une conséquence du vieillissement, mais plutôt des contributeurs actifs aux processus physiopathologiques impliqués dans le déclin cognitif. Les chercheurs soulignent ainsi l’importance d’une prise en charge de la santé orale des personnes vieillissantes, en particulier en cas de troubles cognitifs émergents. Prothèses dentaires adaptées et exercices oro-faciaux pour préserver les capacités masticatoires ; conseils diététiques et culinaires (épices, …) pour préserver l’appétence des plats, etc. font partie des interventions à envisager, selon le profil des patients. Le tout dans le cadre d’un suivi pluridisciplinaire impliquant l’ensemble des professionnels de santé pouvant apporter leur contribution (dentistes, diététiciens, orthophonistes, neurologues, gériatres, généralistes…).
[1] syndrome clinique caractérisé par une diminution de la force, de l’endurance et des réserves physiologiques, associé à des issues de santé défavorables, notamment la sarcopénie, une susceptibilité accrue aux maladies et un risque de mortalité augmenté.