Mars 2026
Le choix d’un plat au restaurant est loin de se limiter à combler une faim ou à rechercher des plaisirs gustatifs : il remplit aussi d’importantes fonctions sociales, les individus gérant leur image à travers leurs choix, en activant des stéréotypes. Pour mieux comprendre l’effet du genre et du contexte (rendez-vous amoureux, repas entre amis, repas en famille) sur les choix alimentaires, des chercheurs ont analysé 300 commandes passées dans une chaîne de restauration décontractée en Pologne. Quinze hommes et quinze femmes (sans lien avec les 300 consommateurs) ont observé des photographies des 89 plats figurant au menu du restaurant afin d’évaluer : la connotation "féminine ou masculine" de chaque plat, son degré de sophistication et son prix perçus.
Des choix dépendant du contexte et du genre
Les résultats montrent que les hommes commandent globalement des plats plus chers (ou perçus comme plus chers), notamment lors de rendez-vous romantique. Dans un contexte de repas amical ou familial, cette différence de sexe se réduit voire s’efface. Le contexte du repas influence également la « féminité » et la « masculinité » perçues des plats commandés : des prétendants adhèrent davantage aux normes de genre lors d’un repas avec leur partenaire potentiel. A nouveau, ces différences de genre sont considérablement réduites dans le contexte familial.
En revanche, contrairement aux attentes des chercheurs, des différences de genre ne sont pas observées en ce qui concerne la sophistication perçue des plats commandés. Certes, les plats choisis étaient en général perçus comme plus sophistiqués dans les contextes de rendez-vous et de repas entre amis que lors des repas familiaux. Mais ce schéma ne semblait pas dépendre du sexe suggérant que, si les contextes sociaux influencent le degré de sophistication des choix alimentaires, cette dimension pourrait être moins centrale dans les stratégies de gestion de l’image fondées sur le genre.
À chaque genre sa stratégie
Dans leur gestion de leur image à travers leurs choix alimentaires, les hommes et les femmes semblent mobiliser des stratégies différentes lorsqu’ils tentent de plaire. Les hommes utilisent la consommation ostentatoire (prix élevé) pour signaler leur statut et leur désirabilité, surtout lors de rendez-vous amoureux où la motivation à gérer leur image est la plus forte : ils sélectionnent des plats plus chers et perçus comme onéreux, répondant sans doute à des exigences de statut social, de ressources et de perspectives financières. Les femmes, en revanche, s’appuient davantage sur un signalement de conformité au genre en choisissant des aliments perçus comme plus féminins et moins masculins.
À chaque contexte sa motivation
Enfin, l’intensité de la motivation de gestion de l’image suit une hiérarchie claire selon les contextes sociaux : les participants reconnaissent une pression plus élevée lors des rendez-vous amoureux, un niveau intermédiaire lors des repas entre amis, et le niveau le plus faible lors des repas en famille. Ce schéma se traduit dans les comportements, en l’occurrence les choix alimentaires, où l’effet de genre est plus marqué lors d’un rendez-vous romantique qu’en famille. Ainsi, les individus disposent de compétences en cognition sociale leur permettant d’ajuster leurs efforts de présentation d’eux-mêmes en fonction de la dynamique relationnelle propre à chaque contexte social.
Adapter les messages de santé publique
Selon les auteurs, les messages de santé publique classiques, uniquement axés sur la nutrition et oubliant la fonction sociale de l’alimentation, pourraient s'avérer moins efficaces dans les contextes où la motivation à gérer son image sociale est élevée (comme les rendez-vous amoureux), particulièrement chez les hommes. Pour encourager une alimentation plus saine lors de rencontres sociales, il est nécessaire de prendre également en compte ce que le plat dit de la personne. Ainsi, les interventions les plus prometteuses pourraient être celles qui permettent aux individus de révéler des traits considérés comme désirables (statut social, féminité) tout en choisissant des options alimentaires saines.
Caractère onéreux (A), sophistication (B) et « féminité » (C) perçus des plats commandés par les femmes et les hommes, dans trois contextes sociaux (famille, amis, rendez-vous)