février 2026
Minimiser les variations de glycémie chez des individus atteints de diabète de type 2 grâce à des féculents judicieusement choisis et quelques conseils de préparation : tel était l’objectif de cet essai randomisé contrôlé de 3 mois mené en vie réelle à Lyon auprès de 51 patients (62 ans en moyenne, 45 femmes).
Des formes d’amidon plus ou moins résistantes à la digestion
En cas de diabète de type 2, les stratégies actuelles de prise en charge visent non seulement à réduire l’hyperglycémie chronique, mais aussi à minimiser la variabilité glycémique, c’est-à-dire les fluctuations de la glycémie au cours du temps, tout en évitant les hypoglycémies. Pour ce faire, les recommandations nutritionnelles mettent désormais l’accent sur la qualité des glucides. Alors que les féculents constituent la principale source de glucides, de précédents travaux ont suggéré qu’ils présentaient des formes d’amidon plus ou moins résistantes à la digestion (simulée in vitro) [1], susceptibles d’impacter la glycémie. Cette différence tiendrait à de nombreux facteurs : variété végétale, ratio amylose/amylopectine [2], interactions avec les autres nutriments (lipides), degré de cuisson, refroidissement, etc.
Des chercheurs ont ainsi voulu tester les effets de féculents disponibles dans le commerce (ex. pâtes, riz, pain, pommes de terre, légumineuses …) mais présentant des formes d’amidon variables, sur la glycémie de patients atteints de diabète de type 2. Pour cela, les participants étaient répartis en deux groupes et recevaient, en replacement de leurs féculents habituellement consommés :
- soit des produits (n=23) à forte teneur en amidon « à digestion lente » (SDS, pour slowly digestible starch), préalablement validés comme tels à partir d’un protocole in vitro (simulant la digestion) ayant testé 200 produits (groupe 1) ;
- soit des produits (n=19) à plus faible teneur en amidon à digestion lente (groupe 2).
Les teneurs en SDS variaient selon les types de féculents fournis (ex. linguine, penne versus coquillettes, et cheveux d’ange ; crozets versus polenta…), les variétés végétales fournies (ex. riz long grain incollable versus riz Thaï ; pâtes à cuisson traditionnelle versus cuisson rapide), les modes de préparation et cuisson des produits [3] (ex. lentilles crues à faire cuire à la maison versus lentilles cuites en conserve prêtes à réchauffer ; éviter la surcuisson et privilégiez les cuissons al dente dans le groupe 1), etc. Des fréquences de consommation différentes étaient également préconisées dans chaque groupe (ex. pommes de terre deux fois par semaine maximum dans le groupe 1 versus à volonté dans le groupe 2 ; etc.).
Une réduction de la variabilité glycémique
Les résultats montrent une réduction des « excursions glycémiques » (hauteur des pics de glycémie) et de la variabilité glycémique dans le groupe 1 par rapport au groupe 2. L’hémoglobine glyquée, réduite dans les deux groupes, passait en dessous de la valeur cible thérapeutique (< 7 %) dans le groupe 1. A noter : une partie de ces effets pourrait être liée aux fibres, plus présentes dans le régime du groupe 1 ; ce régime se révélait également plus riche en sucres, sans que cela ne compromette les effets favorables. Enfin, les doses d’insuline ont été ajustées à la baisse pour deux patients du groupe 1.
Ces résultats méritent encore confirmation auprès d’autres populations, suivies à plus long terme. Toutefois, des choix opportuns de féculents parmi des produits du commerce pourtant similaires à première vue, couplés à des modes de préparation et des fréquences de consommation adaptées, apparaissent comme une stratégie simple et peu coûteuse, prometteuse pour améliorer le contrôle glycémique de patients atteints de diabète de type 2; avec à la clé des bénéfices de santé importants en perspective (prévention cardiovasculaire) et un potentiel moindre recours aux médicaments.
Résumé graphique de l’étude
[1] Englyst K, Goux A, Meynier A, Quigley M, Englyst H, Brack O, Vinoy S. Inter-laboratory validation of the starch digestibility method for determination of rapidly digestible and slowly digestible starch. Food Chem. 2018 Apr 15;245:1183-1189. doi: 10.1016/j.foodchem.2017.11.037.
[2] Il s’agit de deux types de chaînes d’amidon : l’amylose est une chaîne linéaire alors que l’amylopectine est une chaîne ramifiée
[3] Dans les deux groupes, des instructions culinaires précisaient que les féculents tels que les pâtes, riz, pomme de terre pouvaient être cuits la veille et stockés au frigo, pour réchauffage et consommation le lendemain.