Mai 2026
En 2025, dans une revue systématique sur les sucres et le risque de diabète de type 2, des
chercheurs observaient que seule la consommation de sucres sous forme liquide apparaissait
comme associée à une augmentation significative du risque (voir notre précédente Brève sur ce sujet).
Dans cette revue narrative, une autre équipe s’interroge sur les mécanismes susceptibles d’expliquer
les spécificités des boissons sucrées.
Eprouver les différentes hypothèses
S’agit-il d’une spécificité « biochimique » des sucres présents dans ces boissons ? Cela semble peu
vraisemblable selon les chercheurs, car ces sucres (glucose et fructose) sont aussi apportés par
d’autres aliments non associés au diabète de type 2 ; et aucune association ne ressort dans les études
avec les apports totaux en fructose. Les chercheurs excluent aussi l’hypothèse d’apports
« extrêmes » en sucres via les boissons sucrées (apports très élevés et concentrés en une seule
prise), qui ne correspondent pas aux modes de consommation généralement observés en population
(apports médians de 1 à 2 boissons/j) et excèderaient de toute façon les capacités d’absorption
intestinale [1].
Un effet de stress métaboliques aigus répétés ?
En revanche, les chercheurs pointent les effets néfastes possibles d’une consommation quotidienne
répétée et cumulée de sucres liquides, en particulier quand celle-ci a lieu hors repas : lorsqu’une
quantité importante de sucres est consommée rapidement, sous une forme facilement absorbable
comme dans une boisson sucrée (hors matrice alimentaire, et a fortiori hors repas), cela entraîne une
augmentation rapide des concentrations de glucose et de fructose dans le sang. Ce flux dépasserait
temporairement la capacité du foie à métaboliser le fructose et la capacité de l’insuline à maintenir
une glycémie normale. Si l’organisme est a priori capable de gérer ce type de stress métabolique
aigu, leur répétition fréquente, plusieurs fois par jour, pourrait sur le long terme favoriser le stress
oxydant/inflammatoire et les troubles métaboliques.
S’ajoutent à cela le moindre effet satiétogène des sucres liquides par rapport aux sucres solides et la
moins bonne prise en compte des calories liquides par l’organisme (l’apport énergétique n’est pas
compensé à la baisse aux repas suivants), pouvant conduire à un excès d’apport énergétique.
Enfin, les chercheurs soulignent que la consommation de boissons sucrées s’inscrit dans un ensemble
de comportements alimentaires et de facteurs socio-économiques eux-mêmes associés au risque
de maladies cardiométaboliques, ce qui pourrait expliquer une partie de la relation entre ces
boissons et le diabète de type 2.
Si de nombreuses questions demeurent – par exemple, quid des effets des jus de fruits, qui apportent
aussi des sucres sous forme liquide mais ne ressortent pas (aussi clairement) associés au diabète de
type 2 ? – et de nombreux travaux restent à mener – par exemple des études spécifiques sur les moments de consommation des sucres liquides, pendant ou en dehors des repas – les chercheurs
appellent à plus de nuances en évitant d'incriminer tous les sucres vis-à-vis du risque de diabète de
type 2, sans tenir compte de leur forme ou source d’apport et fréquence de consommation.
[1] une saturation de l’absorption a été observée pour des apports en fructose de 75-80 g/prise (soit l’équivalent de 4 boissons sucrées en une seule prise), l’excédent de fructose non absorbé restant alors dans la lumière
intestinale