Octobre 2025
Quels sont les liens entre l’insécurité alimentaire – c’est-à-dire l’accès insuffisant ou irrégulier à une alimentation saine, nécessaire à une vie active et en bonne santé – et l’altération des fonctions cognitives au cours de l’avancée en âge ? Certains facteurs – comme la diminution des revenus, l’isolement social, le décès d’un conjoint, la perte d’autonomie… – pourraient à la fois contribuer à l’insécurité alimentaire et favoriser le déclin de la santé, en particulier mentale. De plus, ces deux situations sont susceptibles de s’influencer mutuellement et de s’aggraver selon un cercle vicieux, où la vulnérabilité mentale peut accroître le risque d’insécurité alimentaire, laquelle, en retour, peut accentuer la détérioration de la santé mentale.
Un échantillon représentatif de seniors américains
Pour y voir plus clair et tâcher de démêler ces relations, des chercheurs ont utilisé les données d’un échantillon représentatif des adultes de plus de 50 ans aux Etats-Unis (n = 6 638 adultes), suivis dans le temps dans le cadre d’enquêtes nationales (Health and Retirement Study (HRS) et Health Care and Nutrition Survey (HCNS)). L’insécurité alimentaire était mesurée en 2013 à partir d’un formulaire court comprenant 6 items (ex. « Dans les 12 derniers mois, vous avez parfois mangé moins que ce que vous auriez souhaité du fait d’un manque d’argent pour des dépenses alimentaires »). L’évolution du fonctionnement cognitif entre 2012 et 2018 était évaluée à partir d’un questionnaire testant certaines aptitudes (ex. : mémorisation de listes de mots, soustractions de tête…), permettant de calculer un score compris entre 0 et 27.
L’insécurité alimentaire, un facteur modifiable à cibler ?
Les chercheurs montrent une diminution plus importante du score cognitif au fil du temps chez les seniors touchés par l’insécurité alimentaire, ainsi qu’un risque plus important d’apparition d’un déficit cognitif (score global ≤11). Ces risques étaient plus élevés dans certains groupes ethniques (Hispaniques et Noirs non hispaniques, versus Blancs non hispaniques), plus exposés à l’insécurité alimentaire. Les relations s’estompaient mais restaient avérées lorsque les chercheurs faisaient abstraction des facteurs démographiques (ex. statut marital), socio-économiques (ex. niveau de pauvreté), et de santé (ex. présence d’une maladie/d’une incapacité) des sujets, suggérant que l’insécurité alimentaire pourrait être un facteur de risque indépendant de déclin cognitif.
Compte tenu du vieillissement de la population et du fardeau sociétal que représente la prise en charge des troubles associés au déclin cognitif, la lutte contre l’insécurité alimentaire des seniors pourrait constituer une piste d’intérêt pour les politiques publiques de santé et de justice sociale.
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