Industriel, homme politique, naturaliste, banquier, philanthrope, écrivain... Benjamin Delessert embrassa plusieurs vies avec passion et succès. Son héritage est vaste, mais c’est en tant que fondateur de la filière betterave-sucre française qu’il est entré dans l’Histoire.
Un esprit ouvert et novateur
Bien que peu connu du grand public, Benjamin Delessert (1773-1847) est une
personnalité dont les multiples facettes sont une source d’étonnements. Qui sait qu’un bon nombre de ses initiatives et réalisations ont impacté son époque et laissé des traces durables ? On lui doit, par exemple, la
création de la Caisse d’épargne et de prévoyance, la constitution du premier organisme interprofessionnel dédié à l’industrie et à l’innovation technologique ou encore la fondation d’une organisation de solidarité pionnière, la
Société philanthropique, qui initia les soupes populaires...
L’entrepreneur philanthrope était aussi
un naturaliste et un collectionneur accomplis. Pour preuves, une algue brune, la delessaria sanguinea, et un coquillage du golfe du Mexique, le cornus delessertii, portent son nom. Sa collection de coquillages comptait
100 000 pièces, dont il était, pour certaines, le seul détenteur. Il en fit profiter la communauté scientifique en publiant, à ses frais, un ouvrage au titre explicite : Recueil de coquilles inédites. Sa soif de savoir s’est concrétisée par la
constitution d’une imposante bibliothèque scientifique qu’il ouvrait aux chercheurs de son temps. Les chercheurs d’aujourd’hui viennent la consulter au
Conservatoire et Jardin botaniques de la ville de Genève.
À parcours exceptionnel, personnalité atypique. Benjamin Delessert était, en effet, doté d’une énergie hors normes et d’un esprit aussi curieux qu’insatiable. Tourné vers le progrès mais animé par les valeurs héritées du « siècle des Lumières, il s’autorisait un éclectisme sans limite dans l’action qui contrastait avec une constance sans faille dans ses motivations. Loin d’être paradoxal, ce trait apporte un éclairage sur sa démarche où la multiplication des expériences et la diversité des chemins explorés convergent vers une ambition unique : mettre les avancées scientifiques et l’innovation industrielle au service du progrès social.
La passion du végétal
Parmi ses centres d’intérêt scientifiques, Benjamin Delessert nourrissait un intérêt particulier pour le
monde végétal. Tout commence par la découverte, dans son enfance, d’un herbier confié à la famille Delessert, en 1772, par un certain Jean-Jacques Rousseau... Au fil du temps, il consacrera une grande part de sa fortune à l’achat d’herbiers scientifiques, comme celui du botaniste René Desfontaines. Son
herbier personnel, qui réunissait 250 000 spécimens issus de 87 000 espèces, est toujours considéré comme
l’un des plus importants d’Europe. Il suivait les travaux des grands naturalistes de son époque dont il finançait les publications. Il fit notamment éditer les 500 planches en couleur du botaniste suisse Augustin Pyrame de Candolle. Ce recueil intitulé Icones sélecta plant arum reste une
référence pour les spécialistes. Ses engagements lui ouvrirent les portes l’
Académie des sciences.
Sa passion du végétal trouvera son apogée dans la formidable aventure du
sucre de betterave. Tout commence en 1801, quand Benjamin Delessert acquiert un domaine dans le village de
Passy (aujourd’hui englobé dans Paris). Il commence par y fonder une filature de coton qu’il transforme rapidement en
raffinerie dédiée au sucre de canne importé d’Outre-mer. Il s’inspire des travaux de James Watt sur l’énergie vapeur pour améliorer le procédé industriel.
La betterave devient une ressource stratégique
À peine lancée, son activité sucrière subit les impacts conjugués du Blocus continental et de la déclaration d’indépendance de la colonie française de Saint Domingue. Les approvisionnements de sucre brut ne tardent pas à se tarir. Raisonnant en homme de sciences et en entrepreneur, Delessert eut l’idée de
reprendre les recherches des chimistes allemands Marggraf et Achard sur le potentiel sucrier de la betterave. Après quelques années d’expérimentation,
il parvient à mettre au point le processus d’extraction du sucre de betterave transposable à échelle industrielle.
Cette découverte lui vaut de recevoir, le 2 janvier 1812, des mains de Napoléon 1er, la
Légion d’honneur et le titre de
baron de l’Empire. Il est vrai que ce saut technologique répondait à un enjeu de taille :
assurer l’autonomie sucrière de la France dans une période critique. L’Histoire retiendra que Benjamin Delessert est à l’origine d’une filière agricole et industrielle appelée à devenir un
leader mondial du sucre de betterave.
Institut Benjamin Delessert :
un nom et un modèle en héritage
L’Institut Benjamin Delessert (IBD) a pour vocation de soutenir la recherche en nutrition dans les sciences médicales, humaines et sociales. Il organise notamment des conférences scientifiques sur les liens entre nutrition et santé, décerne des prix qui contribuent à financer la recherche publique et consacre une partie de ses activités à la diffusion des connaissances en nutrition. L’IBD s’inscrit, à ce titre, dans la voie tracée par Delessert. En outre, l’Institut a naturellement pris ce nom car il est soutenu, depuis sa création en 1976, par les acteurs de filière betterave-sucre française.