Sucre et addiction : mythe ou réalité ?
L’idée d’une éventuelle addiction au sucre est largement répandue dans le grand public et relayée par certains médias très actifs dans le contexte actuel de flambée de l’obésité et de recherche de « coupables ».
Une idée assez largement répandue est d’assimiler les désirs frénétiques de consommation de produits gras sucrés à une addiction au sucre. La question de l’addiction aux aliments sucrés est une question complexe qui demande que soient préalablement précisées les notions de dépendance, de restriction cognitive, de peur du vide et des émotions ; donc nécessite une analyse fine de la littérature scientifique.
Que nous dit cette littérature ?
– L’analyse des références bibliographiques issues d’une interrogation associant les mots « sucre » et « addiction », présentée dans l’une des brèves de ce numéro (réf. 41001), met clairement en évidence l’absence de résultats confirmant une relation positive de ce type chez l’homme.
– Si des études montrent que les rats consomment de plus en plus de biscuits et de bacon pour atteindre le même niveau de plaisir, il est en effet malgré tout hasardeux d’extrapoler à l’homme de tels résultats. L’homme est un mangeur conscient et même intelligent … ; ne l’oublions pas !
– Le sucre ne répond pas aux caractéristiques d’un produit à l’origine d’addiction. Cet appétit incontrôlable, parfois décrit pour des aliments gras et sucrés, ne saurait être confondu avec une quelconque addiction ; il n’entraîne ni tolérance, ni sevrage, ni comportement extrême présentant un danger.
– Les comportements observés sont du domaine de l’obsession, de désirs frénétiques, d’une avidité à dévorer ; comportements destinés à éviter les pensées ou les émotions douloureuses. Ces désirs peuvent représenter un moyen pour l’homme de faire face à de telles émotions, engendrant des sensations plus ou moins intenses.

Pour dépasser l’exploitation dans les médias grand public de ces idées reçues sur
une éventuelle addiction au sucre, il faut revenir aux sources biomédicales et à la rigueur des travaux scientifiques. Seule cette approche permet de comprendre les mécanismes impliqués dans les troubles du comportement alimentaire, donc de répondre de façon rigoureuse en termes de politiques de santé publique. Ces politiques doivent aboutir à des recommandations claires et utiles aux consommateurs…

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