Octobre 2026
La glycophilie est au sucre ce que la philatélie est aux timbres-poste. Ses adeptes, appelés « glycophiles », collectionnent avec passion ces morceaux ou sachets de sucre dont les enveloppes nous font voyager à travers le temps, l’espace, la nature, les aventures humaines…
Morceaux, sachets, bûchettes, berlingots : les « glycophiles » recherchent, accumulent, classent, documentent et s’échangent les sucres individuels de toutes formes et de toutes époques, pourvu qu’ils aient un emballage illustré. Une passion sympathique et dévorante qui peut rapidement devenir encombrante quand on sait que les collectionneurs en détiennent souvent plusieurs milliers. Les plus chevronnés conservent uniquement l’enveloppe, ce qui leur vaut le nom de « périglycophiles ».
Anne-Marie fait partie de cette catégorie. Quand elle nous accueille dans son « univers sucrier » qu’elle a commencé à constituer il y a trente-trois ans, on comprend l’intérêt de mettre les emballages à plat. « Je ne les compte plus, mais j’en ai entre 600 000 et 700 000, explique-t-elle en ouvrant l’un des 800 classeurs où ils sont répertoriés. J’ai dû envahir plusieurs pièces de la maison pour ranger tous ces classeurs ! » Il est vrai qu’une salle entière est déjà consacrée à sa collection d’objets autour du sucre : pains, marteaux et pinces à sucre, publicités anciennes, boîtes à sucre...
Anne-Marie dans son univers sucrier
Des séries à ne pas manquer
Forgé à partir du grec glukos (« doux », « sucré »), le mot glycophilie est apparu à la fin des années soixante lorsque les passionnés d’emballages de sucre ont commencé à constituer une communauté, à la manière des numismates, philatélistes et autres collectionneurs de cartes postales. Le Club des glycophiles français a été créé en 1984 afin de constituer et actualiser le catalogue des séries connues qu’il met à la disposition de ses adhérents.
En effet, la notion de séries est centrale dans l’art de la glycophilie. On distingue trois catégories ayant chacune leur répertoire officiel. Les « sucres nominatifs » arborent sur leur emballage la marque du fabricant de sucre ou de l’entreprise qui le distribue (par exemple, un acteur de la restauration hors domicile). Les « sucres non commercialisés » sont des séries éditées à des fins publicitaires ou dans le cadre d’événements publics ou privés (salons, fêtes, célébrations...). Enfin, les plus emblématiques sont les « séries françaises », ainsi nommées car proposées par les fabricants et conditionneurs de sucre hexagonaux qui les déclinent dans une infinité de thèmes : animaux, végétaux, monuments, métiers, paysages, moyens de transports, personnalités historiques, symboles, proverbes...
Certaines séries françaises sont devenues « cultes », comme les chats du dessinateur Marc Chaubaron (plus longue série éditée avec 78 pièces), les portraits des Bleus champions du monde de football en 1998 ou encore les signes du zodiaque (édités par Cultures Sucre en 1975). « Certes, les fabricants produisent moins de série de nos jours mais la tradition perdure et les thèmes évoluent avec la société, constatent Catherine et Serge, un couple de glycophiles. On voit par exemple apparaître des séries solidaires à l’effigie des Cafés Joyeux, qui emploient des personnes en situation de handicap, ou des Apprentis d’Auteuil, établissements dédiés à la formation et à l’insertion des jeunes en difficulté. » « Une série sur les ponts, symboles de rapprochement et de concorde, devrait prochainement voir le jour », nous annonce en avant-première le président du Club des glycophiles français, Éric Coquard.
Les chats signés Marc Chaubaron (1999),
une des séries les plus recherchées.
Comment et pourquoi devient-on glycophile ?
À l’unanimité des intéressés, ce loisir répond aux lois qui régissent le monde des authentiques collectionneurs : « une passion inconditionnelle », des images « qui font rêver s’amuser, découvrir », « un plaisir à partager », mais aussi une activité « qui permet de voyager et de faire des rencontres ». En effet, le principe de la glycophilie repose sur les bourses d’échange où les collectionneurs viennent proposer leurs doublons et compléter leurs séries. Et ils ne ménagent pas leurs efforts. « Nous participons en moyenne à une bourse d’échanges par mois », confirme Anne-Marie en précisant que ces réunions se déroulent aussi à l’étranger. « Cela nous a permis de parcourir les régions de France, de découvrir la Hongrie, la République Tchèque... »
« La quête est parfois longue », s’exclame Serge, qui recherche avec assiduité le « bouvreuil » qui manque à sa série des Oiseaux du jardin (nous relayons l’appel auprès de nos lecteurs*). Dès lors, la question se pose : qu’est-ce qui fait courir les glycophiles ? Certainement pas le goût de la spéculation. « Il n’y a aucune valeur vénale et nous faisons en sorte que cela reste ainsi, assure Éric Coquard. Bien sûr, certaines pièces sont plus rares que d’autres et des séries peuvent valoir autour de 150 euros en salle des ventes, mais le monde des glycophiles repose uniquement sur le troc, dans la convivialité et sans arrière-pensées. »
Dans bien des cas, cette passion remonte à l’enfance ou surgit à l’occasion d’une rencontre, d’un coup de foudre. Ainsi, en 1987, Catherine et Serge sont tombés sous le charme de papillons déclinés sur des sachets de sucre. Leur collection compte aujourd’hui 440 000 pièces ! De son côté, Stéphane se souvient : « notre famille voyageait beaucoup et j’ai pris l’habitude de prendre les sachets et morceaux de sucre emballés en souvenir des pays et endroits que nous visitions. J’ai appris les départements français avec des morceaux de sucre et, depuis, je continue à me faire plaisir en accumulant des sucres emballés ». Autant d’images et de thèmes qui pourront traverser les générations… à une condition, que la collection reste à l’abri de l’humidité !
Bienvenue au Club !
Association indépendante, le Club des glycophiles français compte 185 adhérents français et étrangers (Europe, Canada, Suisse, Turquie...). Il publie les répertoires officiels sur son site Internet et édite une revue, Sarkara, consacrée aux nouvelles séries et à l’actualité du monde glycophile. Il organise une bourse annuelle à l’occasion de son Assemblée générale et soutient financièrement 15 à 20 bourses par an.
Il est le garant du code utilisé pour répertorier les pièces : une lettre indique la thématique (A pour animaux, B pour uniformes, G pour jeux, H pour tourisme, M pour sports…), suivie d’un chiffre indiquant l’ordre d’entrée au catalogue officiel puis d’une lettre indiquant le format : B = bûchette, M = morceau, S = sachet, T = tétraèdre.
* N’hésitez pas à contacter Serge via le Club des glycophiles
en cliquant ici.