Février 2026
La Journée annuelle Benjamin Delessert coïncide cette année avec le cinquantième anniversaire de la création de l’Institut Benjamin Delessert. L’édition 2026 a une nouvelle fois montré que la JABD évolue au rythme de la recherche en nutrition tout en restant fidèle à vocation de l’Institut et à la vision de ses figures fondatrices.
Depuis cinquante ans, l’Institut Benjamin Delessert (IBD) s’investit aux côtés de la recherche en nutrition, un domaine dont l’approche scientifique, relativement récente [1], présente une caractéristique majeure : croiser les sciences médicales, humaines et sociales afin d’appréhender l’alimentation en tant qu’enjeu de santé et de société. La nutrition est donc une science moderne et en mouvement à laquelle l’interprofession sucrière apporte son soutien à travers l’Institut Benjamin Delessert, et cela depuis sa création en 1976.
Les actions de l’IBD sont placées sous l’égide d’un Comité scientifique composé de huit experts [2]. Elles se traduisent, en premier lieu, par des Prix Projets de Recherche (PPR) attribués chaque année à 4 à 6 chercheurs ou équipes de recherche pour une dotation globale de 80 00 euros. Par ailleurs, le Prix Benjamin Delessert récompense une personnalité scientifique pour l’ensemble de ses travaux. Enfin, l’IBD réunit chercheurs, praticiens, diététiciens et étudiants autour d’un moment fort : la Journée annuelle Benjamin Delessert (JABD). Ces conférences ont pour objectifs de rapprocher les disciplines, de créer des liens entre savoirs scientifiques et pratiques professionnelles et de contribuer à la diffusion des nouvelles connaissances, souvent sur des thèmes novateurs.
Les Prix de projets de recherche fondés sur l’interdisciplinarité – illustration de la place des sciences humaines et sociales dans la recherche en nutrition – portent le nom de Bourse Jean Trémolières. Un choix qui rend hommage à cette personnalité considérée comme l’un des pères de la nutrition moderne et, à ce titre, figure fondatrice de l’Institut Benjamin Delessert. Le symbole est d’autant plus fort que le 50e anniversaire de l’IBD coïncide avec les 50 ans du décès du professeur Trémolières (1913-1976).
Un héritage tourné vers l’avenir
Ainsi que le souligne le sociologue Claude Fischler, « en célébrant ses cinquante ans, l’Institut et son comité scientifique veulent saluer le chemin parcouru, mettre en lumière les évolutions d’une nutrition en constante mutation, et surtout affirmer son engagement vers l’avenir : un avenir où l’interdisciplinarité continuera d’être la clé pour mieux comprendre, mieux soigner, mieux prévenir, en tenant compte non seulement des dimensions biologiques et sociales, mais aussi des enjeux écologiques et de durabilité qui façonnent l’alimentation humaine. »
Il est vrai que l’élargissement – et, parfois, la remise en question – des connaissances ont considérablement fait évoluer l’approche clinique des troubles et pathologies liées à l’alimentation. L’IBD est fier d’y avoir contribué et d’avoir su jouer un rôle pionnier en abordant des sujets innovants, à l’image du microbiote (2013), de l’épigénétique (2018) ou encore des nouveaux traitements de l’obésité (2025).
Une JABD 2026 en phase avec l’événement et en prise avec l’actualité
Dans la dynamique de cette année de célébration, Journée annuelle Benjamin Delessert du 6 février 2026 a mis à l’honneur les grandes évolutions en nutrition auxquelles la matinée a été consacrée. Les intervenants ont abordé la question sous plusieurs angles, depuis l’histoire du terme « calorie » (dont les définitions successives éclairent les progrès scientifiques), jusqu’aux nouvelles méthodes d’accompagnement des patients que les approches fines et nuancées de la nutrition actuelle ont permis de développer. Conformément au principe de la JABD, l’après-midi a été consacré à un sujet d’actualité porteur de réflexions prospectives. Sous l’intitulé « Penser la nutrition de demain : au croisement des enjeux contemporains » cette séquence a permis d’aborder un enjeu d’intérêt majeur doublé d’un impératif d’urgence : la lutte contre la précarité alimentaire.
Traditionnel temps fort de l’événement, le Prix Benjamin Delessert a été remis cette année au chercheur Saadi Lahlou. Ce professeur de psychologie sociale à l’expertise pluridisciplinaire (statistiques, économie, biologie et chronobiologie humaines, éthologie, psychologie et sciences cognitives) a présenté sa « théorie des installations » qui révolutionne la compréhension des changements comportementaux, ouvrant ainsi la voie à des politiques alimentaires plus durables.
Enfin, la journée a été conclue par une intervention très remarquée du sociologue Gérald Bronner. À l’occasion de la publication de son dernier ouvrage (À l’assaut du réel, Presses universitaires de France), il a livré aux participants une analyse rigoureuse et éclairée des attaques contre la vérité (fake news, ensevelissement par accumulation, polarisation exacerbée des opinions...) et des risques que ces attaques font peser sur notre rapport à la réalité. Y compris au niveau de notre relation à l’alimentation. Un sujet vaste et passionnant sur lequel Cultures Sucre aura prochainement l’occasion de revenir...
[1] Les premières approches remontent au 19e siècle mais il faut attendre les années 1950 pour que la nutrition se structure en science à la fois biologique, physiologique, humaine et sociale.
[2] Le Comité scientifique de l’IBD est présidé par Claude Fischler, sociologue spécialiste de l’alimentation et des comportements alimentaires.