Décembre 2025
Anorexie, boulimie, binge eating… alors que les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont en augmentation, seulement 50 % des patients répondent aux traitements, qui reposent largement sur la psychothérapie. D’où la nécessité de développer des approches thérapeutiques complémentaires. Des chercheurs ont rassemblé dans une revue toutes les études publiées sur les approches centrées sur la musique [1]. Leur objectif ? Documenter les protocoles déployés dans de telles interventions auprès des patients d’une part ; et faire le point sur les effets démontrés d’autre part.
Chant collectif, relaxation musicale, écriture de chansons… des interventions basées sur la musique
Après consultation de 8 bases de données et tri des publications, ils ont identifié 21 études menées jusqu’en mai 2025, parmi lesquelles 10 études de cas, 6 études qualitatives, 4 études quantitatives et une étude mixte. Dans 18 de ces études, les interventions – individuelles ou collectives – était dispensées par des musicothérapeutes diplômés, proposant notamment des activités musicales comme la relaxation ou l’imagerie mentale guidée par la musique, l’écoute et la discussion de chansons, l’improvisation instrumentale, l’écriture de chansons, le chant/vocalises ou encore les percussions. Dans les autres études, les interventions étaient menées par le personnel soignant comme des diététicien·ne·s ou les infirmier·ère·s qui organisaient l’écoute de musique pendant les repas ou encore par un professeur de musique proposant des ateliers de chant collectif.
Agir sur différents leviers du processus de guérison
D’après l’analyse thématique des verbatims issus des études qualitatives et études de cas, les interventions centrées sur la musique étaient susceptibles d’agir sur 7 domaines du processus de guérison : 1. le renforcement des capacités interpersonnelles ; 2. la gestion des émotions ; 3. le développement des aptitudes personnelles ; 4. l’ouverture à la nouveauté ; 5. l’amélioration du fonctionnement cognitif (restructuration des pensées...) ; 6. l’amélioration et le développement de la relation au corps ; et 7. le renforcement de l’engagement dans le traitement. Ces domaines appartiennent eux-mêmes à trois grands axes de la stratégie thérapeutique : gestion des symptômes, auto développement et engagement thérapeutique du patient (Figure).
Figure : les différents domaines ciblés dans le traitement des troubles alimentaires
Consolider les études pour mieux documenter les effets
Certaines améliorations étaient par ailleurs rapportées dans les études quantitatives, essentiellement menées auprès de patientes anorexiques : une réduction de l’anxiété et de la détresse ressentie était par exemple décrite à la suite d’une intervention basée sur le chant et la discussion de chanson. Une simple diffusion de musique (pop ou classique) pendant les repas étaient associée à une augmentation des quantités de nourriture ingérées et davantage d’émotions positives ressenties – ce dernier effet ayant déjà été documenté dans la population générale (voir notre précédente brève à ce sujet). Toutefois, les nombreuses limites méthodologiques relevées par les chercheurs (échantillons faibles, absence de randomisation) dans ces études ne permettent pas de conclure fermement quant à l’efficacité réelle des interventions centrées sur la musique.
Malgré le faible niveau de preuve actuel, ces résultats laissent entrevoir le potentiel des interventions centrées sur la musique pour répondre au large éventail de besoins thérapeutiques des patients présentant un TCA, en complément des traitement psychologiques et nutritionnels habituels.
[1] Se différentiant de revues antérieures qui avaient aussi inclus des études dans lesquelles la musique n’était pas la composante centrale de l’intervention.