Novembre 2024
Selon des travaux chez l’animal, les mécanismes de la récompense alimentaire (food reward) découleraient de deux processus distincts portés par des zones cérébrales spécifiques : le liking, c’est-à-dire le fait d’aimer/apprécier un aliment, et le wanting, c’est-à dire le fait d’avoir envie/d’être attiré par un aliment. Des chercheurs ont toutefois questionné la capacité des études chez l’Homme à distinguer ces deux processus, en particulier lorsqu’elles ont recours à des questions explicites posées aux participants.
Pour y voir plus clair, les chercheurs ont utilisé les méthodes d’analyse factorielle [1] pour examiner les réponses de 688 jeunes adultes américaines (15-30 ans). Après avoir été familiarisées avec les définitions des différents concepts, celles-ci devaient tous les soirs, pendant 49 jours, rapporter l’appréciation, le plaisir, et l’envie ressentis vis-à-vis de 4 catégories d’aliments (confiseries, féculents, fast foods, aliments « bruts »), consommés ou non au cours de la journée.
Résultats ? Quand ces aliments avaient été consommés au cours de la journée, l’appréciation et le désir des différents types d’aliments apparaissaient comme un facteur unique plutôt que comme deux facteurs séparés dans les analyses factorielles (Figure), suggérant que les humains peinent à distinguer ces deux notions (alors même qu’elles ont été explicitées au préalable). Les chercheurs suggèrent que liking et wanting pourraient avoir tendance à s’amalgamer dans l’esprit des sujets, quand on les questionne a posteriori (plusieurs heures après la consommation). Une évaluation à d’autres moments (par ex. avant la consommation) pourrait conduire à d’autres observations. L’envie pour les aliments non consommés le jour même apparaissait quant à elle comme une variable indépendante. De même qu’une autre dimension révélée par l’analyse des réponses des participants selon le type d’aliments: le fait de préférer les aliments « bruts » peu transformés, aux aliments de type fast foods (Figure). De plus, aucun des facteurs n'était significativement corrélé à l'âge ou à l'IMC.
Figure : Résultats de l’analyse factorielle montrant les relations entre variables.
Le facteur « goût général/plaisir/désir des aliments consommés » est modérément corrélé avec le facteur « désir des aliments non consommés ». Le facteur « préférence pour les aliments complets » ne présentait lui que de faibles avec ces deux facteurs.
[1]
L’analyse factorielle permet de mettre en évidence des relations entre variables pouvant être redondantes. Elle consiste à réduire un nombre de variables en un plus petit ensemble de facteurs.