Novembre 2022
Bien que jugés sans risque par les autorités sanitaires et autorisés comme additifs dans de nombreux pays, les édulcorants continuent d’interroger la communauté scientifique et de faire l’objet d’études cherchant à mieux caractériser leurs effets. Une revue publiée dans Frontiers in Nutrition se fait le relai des dernières publications, dont certaines remettent en question l’absence présumée d’effets physiologiques de ces substances, du moins chez certains individus.
Perte de poids : un intérêt encore incertain
Les édulcorants font l’objet d’une utilisation et d’une consommation qui vont crescendo dans le monde. Les produits édulcorés, tels que les boissons « light », sont notamment utilisés pour contrôler les apports caloriques sans pour autant renoncer à la sensation du goût sucré. Les édulcorants font même l’objet de préconisations par certaines sociétés savantes telles que l’Académie américaine de nutrition et de diététique (AND), qui se positionne en faveur de l’usage de ces substances chez les patients devant limiter leurs apports caloriques et glucidiques à des fins d’amélioration du poids ou de la glycémie (ex : patients diabétiques). Pour autant, et en dépit de l’accumulation d’études, les preuves de l’effet des édulcorants sur le contrôle du poids resteraient fragiles, conduisant l'American Heart Association et l'American Diabetes Association à conclure que « les informations sont insuffisantes pour dire si l'utilisation d’édulcorants a l'impact souhaité pour réduire le poids corporel »1.
Une implication dans l’intolérance au glucose ?
Les résultats portant sur les réponses métaboliques postprandiales sont quant à eux hétérogènes, mais des études suggèrent que certains édulcorants (sucralose, saccharine) élèvent les taux sanguins de glucose et/ou d’insuline, faisant redouter une implication dans l’apparition d’une intolérance au glucose. Bien que les édulcorants ne soient pas absorbés au niveau intestinal, les chercheurs n’excluent pas qu’ils puissent agir via des récepteurs spécifiques de la muqueuse, mais cette hypothèse n’est pas la plus probable selon eux. Les données des dernières années pointent plutôt le microbiote intestinal comme médiateur des effets des édulcorants sur l’organisme.
Le microbiote intestinal, médiateur vraisemblable
Chez certains individus, les édulcorants perturberaient la composition du microbiote, et donc les fonctionnalités métaboliques portées par cette communauté microbienne. En particulier, une réduction des bactéries du genre Akkermensia a souvent été décrite, un genre bactérien associé à la tolérance au glucose. Des travaux chez l’Homme suggèrent que les individus répondraient plus ou moins aux effets des édulcorants en fonction de la composition initiale de leur microbiote, pouvant expliquer la variabilité des effets rapportés entre études. En outre, certaines des modifications du microbiote engendrées par la consommation d’édulcorants, ainsi que les effets physiologiques délétères associés, pourraient être transmises à la descendance.
Réévaluer la balance bénéfices-risques
Ainsi, les données publiées ces dernières années suggèrent que les édulcorants pourraient exercer des effets métaboliques délétères chez certains individus. La survenue de tels effets pourrait dépendre de la composition du microbiote intestinal, qui devrait donc être plus systématiquement prise en compte dans les études sur ces substances. Quoi qu’il en soit, des analyses bénéfices-risques permettront de déterminer si de tels effets, jusqu’alors insoupçonnés, remettent ou non en cause l’intérêt des édulcorants pour limiter les apports caloriques, un objectif plus que jamais nécessaire face à l’épidémie mondiale d’obésité.