Janvier 2026Le Comité d’Organisation des Expositions du Travail et de l’examen "Un des Meilleurs Ouvriers de France" (COET-MOF) est une institution plus que centenaire, considérée comme unique au monde [1]. Le concours-diplôme MOF met en lumière l’excellence professionnelle et la transmission des compétences dans de très nombreux métiers techniques et artisanaux, dont la pâtisserie. Depuis juin 2024, le COET-MOF est présidé par l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Luc Chatel [2]. En exclusivité pour Cultures Sucre, il évoque la mission et les enjeux actuels de cette institution.
La mission du COET-MOF a-t-elle évolué et quelle impulsion souhaitez-vous donner à votre présidence ?
La mission fondatrice du COET-MOF reste inchangée : reconnaître l’excellence du geste, de la maîtrise technique et de la transmission dans les métiers. En revanche, son environnement a profondément évolué. Aujourd’hui, nous devons conjuguer transmission des savoir-faire et adaptation aux réalités contemporaines : innovations, évolution des métiers, des parcours professionnels, des attentes sociétales et environnementales. Avec le conseil d'administration, je souhaite renforcer trois axes :
- La connaissance et la visibilité du titre dans l'ensemble des métiers ainsi que son accessibilité ;
- Le lien avec les filières économiques et le rayonnement du titre, depuis le cœur des territoires jusqu'à l'international ;
- La transmission, non seulement du savoir-faire, mais aussi des valeurs d’engagement, d’humilité et de durabilité que porte le titre de MOF.
On dit que la médiatisation a permis aux chefs pâtissiers de « sortir de l’ombre » des chefs cuisiniers… Partagez-vous ce point de vue ?
Oui, en partie. La médiatisation a indéniablement contribué à donner une visibilité nouvelle à la pâtisserie, en révélant sa créativité, sa technicité et son exigence artistique. Mais cette reconnaissance n’est pas uniquement médiatique : elle est aussi le fruit d’un travail de fond, mené depuis des décennies par des artisans, des formateurs et des maisons engagées. La pâtisserie s’est affirmée comme un métier à part entière, avec ses propres codes, ses concours, ses références. Le titre de MOF, Graal que recherchent beaucoup de professionnels, y contribue pleinement en rappelant que la notoriété n’a de sens que si elle repose sur une excellence durable, qui se transmet et qui sait innover.
Le titre de MOF est-il appelé à mieux refléter la féminisation des métiers ?
L'examen Un des Meilleurs Ouvriers de France (MOF) est fondé sur un principe intangible : l’égalité absolue devant l’exigence. Il ne distingue ni un genre, ni un parcours, mais uniquement un niveau de maîtrise et d’engagement. Cela étant dit, il est incontestable que la pâtisserie, comme d’autres métiers de bouche, connaît depuis vingt ans une féminisation croissante, visible dans les concours, la formation et l’entrepreneuriat. Le COET-MOF est attentif à ce mouvement et veille à ce que les conditions d’accès, d’information et d’accompagnement ne constituent aucun frein. Si davantage de femmes accèdent demain au titre de MOF, ce sera le reflet naturel de cette évolution des métiers – et nous ne pouvons que nous en réjouir.
La collaboration entre filières professionnelles, formation et concours est-elle un modèle efficace et contributif [3] ?
Oui, clairement. Ce type de collaboration est vertueux, car il relie l’amont et l’aval de la filière, la production, la transformation, la formation et l’excellence professionnelle. Associer des acteurs économiques engagés, des ingrédients et des équipements issus du savoir-faire français, c’est donner du sens aux différents concours et aux parcours des candidats. Pour le COET-MOF, ce dialogue avec les filières est essentiel : il permet de rester connecté aux réalités du terrain, d’anticiper les évolutions des métiers et de valoriser une excellence française collective, et non isolée.
Le COET-MOF soutient-il la démarche visant à l’inscription de la pâtisserie française au Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco ?
Le COET-MOF est naturellement très attentif et favorable à toute démarche visant à reconnaître la pâtisserie française comme un patrimoine culturel vivant.
Au-delà de la reconnaissance symbolique, une telle inscription renforcerait la dimension de transmission, de rayonnement international et de responsabilité qui incombe à nos métiers. La pâtisserie française est un formidable vecteur de soft power : elle associe culture, goût, savoir-faire, formation et économie. Lorsque des personnalités reconnues de la profession, comme des MOF ou des représentants institutionnels, portent cette ambition, le COET-MOF ne peut que saluer et soutenir cette dynamique collective.
[1] Le lien avec l’État (en tant que délégataire d’une mission de service public), l’ampleur des métiers concernés (près de 100 pour la 28e session/2025-2027) et la reconnaissance de l’excellence par un diplôme national confèrent au COET-MOF un statut sans équivalent à l’international.
[2] Depuis 2002 jusqu’à son retrait de la vie politique en 2017, Luc Chatel a exercé plusieurs fonctions électives et ministérielles (député, maire, secrétaire d’État, ministre, porte-parole du gouvernement...) Il reste très investi dans l’éducation à travers son engagement en faveur de l’enseignement scolaire français à l’étranger, dans la formation professionnelle en tant que Président de la Plateforme automobile et par son action à la tête du COET-MOF.
[3] Le Championnat de France du Dessert, organisé chaque année par Cultures Sucre en collaboration avec l’Éducation nationale, est un exemple de ce modèle dédié à la promotion de l’excellence.