Septembre 2025
Les actions d’aide alimentaire permettent-elles de réduire l’insécurité alimentaire des familles en bénéficiant, d’améliorer la qualité de leur régime et de réduire le stress affectant leur santé mentale ? Telles étaient les questions auxquelles des chercheurs britanniques ont tenté de répondre à travers une revue systématique recensant les études sur le sujet.
Du camion de rue au colis alimentaire livré à domicile
Huit études, essentiellement d’observation, réalisées en Amérique du Nord (Etats-Unis et Canada), ont été identifiées. Distribution de denrées alimentaires généralistes dans les centres d’aides communaux ou d’organismes caritatifs, livraison à domicile de colis commandés en ligne, remise d’aliments dans les cartables des enfants fréquentant des écoles de quartiers défavorisés, ou encore camions mobiles et foodtrucks circulant dans le voisinage pour distribuer des paniers de denrées, offrir des repas pour les enfants et proposer des ateliers de cuisine, représentaient les différentes formes d’aide alimentaire déployées dans ces différentes études.
Les résultats suggèrent des effets mitigés de l’aide alimentaire sur la sécurité alimentaire :
- Le seul essai d’intervention réalisé, qui a proposé à 2 859 foyers défavorisés de recevoir chaque mois, pendant 2 ans (25 mois), un colis alimentaire parmi 5 options au choix, a observé une réduction de l’insécurité alimentaire uniquement chez les adultes, à 12 mois, non retrouvée à 18 mois.
- Dans une étude d’observation ayant suivi 401 bénéficiaires de banques alimentaires pendant 18 mois à Ottawa au Canada, le taux de bénéficiaires en situation d’insécurité alimentaire diminuait au cours du temps, passant de 39 à 25 %. Les diminutions les plus importantes concernaient les centres où des actions de soutien social et de santé étaient également proposées, et où les bénéficiaires pouvaient choisir les denrées reçues.
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La campagne d’aide déployée dans une école publique américaine (denrées glissées dans les cartables des enfants) se révélait sans effet significatif sur le niveau d’insécurité alimentaire ressenti par les familles, bien que certains parents rapportent une plus grande disponibilité d’aliments au sein du foyer.
- Quant à l’aide du camion distribuant des repas et des denrées durant l’été pour alléger la charge de certaines familles précaires – quand les enfants ne bénéficient plus du repas subventionné servi par la cantine scolaire – il était perçu comme plus ou moins utile selon les familles, celles dans les situations les plus critiques jugeant plus souvent cette aide insuffisante.
Les mesures de l’impact des programmes d’aides sur la qualité nutritionnelle du régime alimentaire étaient rares. On peut citer toutefois les résultats de l’étude ayant utilisé le système d’envoi de colis à domicile, dans laquelle les consommations de fruits, légumes et produits céréaliers complets se trouvaient augmentées de 5 à 10 % dans les foyers bénéficiaires par rapport à un groupe témoin.
Une aide, oui, mais insuffisante
Enfin, l’effet des programmes d’aide alimentaire sur les scores mesurant la santé mentale en général ou plus spécifiquement l’anxiété des parents se révélait limité/mitigé, mais dans leurs déclarations, les parents exprimaient des sentiments de soulagement à l’idée de savoir qu’une aide alimentaire leur était accessible de façon simple/pratique, et leur satisfaction de recevoir des produits sains (fruits et légumes). Malgré ces retours positifs, des pourcentages conséquents d’individus ne sollicitaient pas (pleinement) le système d’aide dont ils auraient pu bénéficier (ex. commande mensuelle d’un panier, fréquentation du foodtruck mobile l’été…).
Ainsi, si les actions d’aide alimentaire peuvent représenter un véritable soutien pour certains foyers en situation d’insécurité alimentaire, leur efficacité reste partielle. Certaines caractéristiques des programmes comme la possibilité de choix dans les denrées ainsi que la praticité d’accès semblent à même de lever en partie les barrières habituellement pointées entravant le recours à l’aide alimentaire (ex. : aliments ne correspondant pas aux préférences ou habitudes culturelles ; horaires d’accès restreints, longues queues, distance à parcourir…). Toutefois, les chercheurs appellent à des actions plus structurelles, portées par les pouvoirs publics, soutenant les associations d’aide alimentaire d’une part mais ciblant aussi plus largement des facteurs « amont » d’insécurité alimentaire (chômage, faibles revenus…).
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