L’attirance pour la saveur sucrée, un déterminant de l’obésité ? Pas si simple

L’attirance pour la saveur sucrée, un déterminant de l’obésité ? Pas si simple

Contrôle du poids

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À en croire certains discours, l’attirance pour la saveur sucrée pourrait favoriser l’obésité. Une récente étude anglo-américaine apporte des nuances à cette assertion.

Trois profils d’attirance pour la saveur sucrée

L’étude a inclus des sujets de 18 à 34 ans d’une cohorte britannique (n = 148) et d’une cohorte américaine (n = 126). Leur attirance pour la saveur sucrée a été testée et les sujets ont été divisés en trois profils distincts (Figure 1) : ceux qui appréciaient les saveurs les plus sucrées, ceux qui n’aimaient pas les saveurs trop sucrées, et ceux qui préféraient des saveurs modérément sucrées.

Une association avec la composition corporelle qui s’inverse après 21 ans

L’association entre les profils d’attirance pour la saveur sucrée et la composition corporelle des sujets différait en particulier selon l’âge des participants. Chez les 18-21 ans, l’aversion pour les saveurs très sucrées était associée à une masse grasse élevée, tandis que chez les 21-34 ans, c’était l’attirance pour les saveurs très sucrées qui était associée à un indice de masse corporelle (IMC), un tour de taille et une masse maigre élevés.

L’âge marque des comportements et des modes de vie différents

L’analyse des comportements et des habitudes de vie des sujets pourrait expliquer en partie les différences observées avec l’âge. Elle révèle en effet que les 18-21 ans ont des comportements plus favorables (c’est-à-dire associés à un risque d’obésité réduit) que les 21-34 ans : ils présentent un plus faible score de restriction alimentaire, ont une durée de sommeil plus longue et entreprennent moins de régimes amaigrissants. En outre, les sujets qui préfèrent les saveurs très sucrées déclarent (via des questionnaires) une sensibilité accrue aux récompenses alimentaires et à la faim et sont à la recherche de sensations gustatives, et ceci est encore plus marqué chez les 21-34 ans.

Enfin, des modélisations (réalisées uniquement chez les sujets de plus de 21 ans de la cohorte américaine) intégrant les consommations de boissons sucrées apportent un éclairage complémentaire sur le rôle « l’environnement obésogène ». Dans ces modèles, la consommation de certaines boissons sucrées explique en partie les différences de tour de taille et d’IMC observées entre les différents profils d’attirance pour la saveur sucrée.

La masse maigre comme régulateur de la prise alimentaire ?

Cette étude relance aussi l’idée selon laquelle la masse maigre pourrait avoir un rôle indirect sur l’attirance pour la saveur sucrée. On sait déjà qu’en augmentant la dépense énergétique de repos, la masse maigre contribue à augmenter l’apport alimentaire. Selon les auteurs de l’étude, elle pourrait ainsi induire une attirance pour le sucré afin de répondre à un besoin énergétique plus important chez les 21-34 ans – qui ont une masse maigre plus importante – et ce signal serait plus fort que la régulation négative de l’appétit par la masse grasse.  

Autant d’éléments qui font dire aux auteurs que les réponses hédoniques aux saveurs sucrées semblent être régies par un équilibre entre l’état des besoins énergétiques et la recherche de plaisir. Ces données sont toutefois à prendre avec précaution : les échantillons de sujets sont limités pour procéder à des analyses de sous-groupes (manque de puissance statistique), les consommations alimentaires réelles d’aliments sucrés n’ont pas été explorées dans le détail et l’étude ne comprend pas de suivi des sujets pour confirmer ses observations de façon prospective.

A retenir
  • L’attirance pour la saveur sucrée n’est pas obligatoirement associée à un sur-risque d’obésité ;

  • L’association entre l’attirance pour la saveur sucrée et la composition corporelle change avec l’âge des sujets, lui-même reflétant des comportements et modes de vie spécifiques plus ou moins associés à l’obésité.

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