Dénutrition et Covid-19 : quelles relations ? Les réponses d’une étude française

Dénutrition et Covid-19 : quelles relations ? Les réponses d’une étude française

Comportement Alimentaire

Partager l'article :

Caractériser la dénutrition chez les patients touchés par le coronavirus et étudier sa relation avec la sévérité et l’évolution de la maladie : tel était l’objectif de cette étude française entreprise à l’hôpital universitaire de la Pitié Salpêtrière auprès de 114 patients admis en service de soins non intensifs (SSNI) au cours de la première vague épidémique du printemps 2020.

Les patients (âgés de 60 ans en moyenne ; 60,5 % d’hommes) ont été classés en trois catégories selon leur statut nutritionnel évalué à partir des critères (ex : prise alimentaire réduite, perte de poids…) définis par la Global Leadership Inititative on Malnutrition, un consensus d’experts international pour le diagnostic de la dénutrition chez l’adulte en contexte clinique : 1/ pas de dénutrition diagnostiquée ; 2/ dénutrition modérée ; 3/ dénutrition sévère.

4 à 7 patients sur 10 touchés par la dénutrition

L’étude montre que 42,1 % des patients admis pour Covid-19 en SSNI souffraient de dénutrition : 23,7 % d’une forme modérée et 18,4 % d’une forme sévère. La prévalence de la dénutrition atteignait même 66,7 % chez les patients entrant au SSNI en provenance du service de soins intensifs (SSI). Des taux jugés très élevés par les auteurs, compte tenu de l’âge des patients ; et qui pourraient être sous-estimés du fait de certaines données manquantes intervenant dans le diagnostic de la dénutrition comme la mesure de la force musculaire.

La fièvre sous-estimée en cas de dénutrition sévère ?

Les chercheurs ont ensuite comparé différents signes cliniques caractéristiques de la Covid-19 selon le statut nutritionnel. Ils n’observent pas de différences entre les trois groupes de patients au niveau des symptômes (anosmie, dysgueusie, nausées, diarrhées, vomissements…) ou de la présentation clinique de la maladie (apport en oxygène, sévérité de l’atteinte respiratoire d’après le scanner), à l’exception de la fièvre : celle-ci est moins fréquemment rapportée par les patients atteints de dénutrition sévère. Selon les auteurs, cela pourrait refléter une thermorégulation altérée et conduire à une sous-estimation de la fièvre, alors même qu’elle fait partie des facteurs associés à une évolution défavorable de la maladie.

Dénutrition et évolution de la maladie : une relation bidirectionnelle ?

Enfin, les chercheurs ont étudié les liens entre la dénutrition et l’évolution de la maladie : le statut nutritionnel n’apparaît pas comme associé aux risques de transfert en SSI ou de décès, c’est-à-dire à une aggravation de la maladie. Toutefois, un taux d’albumine faible –caractéristique d’une perte de poids et d’une dénutrition – est associé à un risque plus élevé de transfert en SSI, et ce de façon indépendante de l’inflammation (CRP) et de l’âge. Un résultat qui, selon les auteurs, pourrait s’expliquer par une réponse immunitaire affaiblie en cas de dénutrition. Mais la relation entre dénutrition et Covid-19 pourrait tout aussi bien être bidirectionnelle, l’infection pouvant conduire à une dénutrition sévère ou la dénutrition pouvant compromettre le pronostic des patients.

Quoi qu’il en soit, ces résultats réitèrent la nécessité d’une évaluation et d’une prise en charge nutritionnelles précoces des patients atteints de Covid-19, comme l’a récemment recommandé la Société européenne de nutrition clinique et métabolisme (ESPEN).

A retenir
  • D’après une étude française, 40 % des patients atteints de la Covid-19 pourraient souffrir de dénutrition.

  • Que la dénutrition soit cause et/ou conséquence de la maladie, cette étude démontre l’intérêt d’évaluer l’état nutritionnel des patients.

Sources
Sur le même thème