D’un côté des décennies de recherche n’ont rapporté que de faibles associations entre les apports alimentaires et le gain de poids ou l’obésité, de l’autre, le développement du stress dans les pays industrialisés est corrélé à celui de l’obésité. Cette revue de la littérature regroupe les données scientifiques sur le rôle du stress sur la qualité du sommeil, l’augmentation de l’appétit, les « cravings » (désirs intenses) et la diminution de la motivation pour l’activité physique, facteurs qui contribuent à la prise de poids. Elle s’intéresse aussi au rôle de la gestion du stress dans la réussite des interventions visant la perte de poids.

Les études d’observation ont démontré des associations claires entre le stress perçu, la prise de poids et la graisse abdominale. Une association est également établie entre le stress et le comportement alimentaire émotionnel, en particulier l’augmentation du snacking chez les sujets obèses. Dans les études d’intervention, il n’a pas été montré d’augmentation de l’appétit avec le stress mais l’apport énergétique était plus élevé en particulier chez les femmes. Des chercheurs ont montré une préférence pour des aliments hautement palatables après un stress, en particulier chez les sujets obèses et en surpoids. L’effet du stress aigu sur la satiété postprandiale et les préférences gustatives s’expliqueraient entre autres par l’activation cérébrale des zones de la récompense et une production accrue de cortisol. Les études d’observation et d’intervention ont montré que des scores faibles de bien-être et élevés de stress étaient corrélés positivement à l’IMC, la prise de poids et la graisse abdominale, indépendamment de la consommation et de l’activité physique. De même, il a été montré que le stress chronique serait responsable d’une augmentation de poids avec un risque élevé d’adiposité centralisée.

Des observations d’études randomisées de perte de poids ont montré que le stress est un frein au succès des régimes. Par contre, sur les deux seules études étudiant l’efficacité du contrôle du stress pour atteindre une perte de poids et la maintenir, une seule a pu montrer que la perte de poids était plus efficace lorsqu’un programme de gestion du stress était ajouté au régime des femmes sensibles au stress. Par ailleurs, plusieurs études d’observation ont lié des carences en vitamines B, calcium, magnésium et omégas-3 à un risque élevé de stress. D’autres études ont pu montrer une amélioration du stress et de l’anxiété par une supplémentation en multivitamines et/ou minéraux ou certains acides aminés. Des études devraient être menées chez des sujets en surpoids ou obèses pour confirmer ces effets. Enfin, des études épidémiologiques robustes ont montré le rôle potentiel d’un sommeil altéré sur l’augmentation actuelle de la prévalence de l’obésité, et plus spécifiquement de l’adiposité abdominale, aussi bien chez les adultes que les enfants. Des études d’intervention ont montré que l’amélioration de la qualité du sommeil et de sa durée étaient associés au succès d’un régime de perte de poids. Stress et sommeil sont liés, en partie via l’axe hypothalamo-hypophysaire surrénalien qui lorsqu’il est activé perturbe le sommeil. Inversement un mauvais sommeil est un facteur de stress.

De nouvelles stratégies prenant en compte la gestion du stress et la supplémentation diététique devraient être étudiées pour améliorer le pronostic des programmes de perte de poids.

 

Does stress influence sleep patterns, food intake, weight gain, abdominal obesity and weight loss interventions and vice versa?

Geiker NRW, Astrup A, Hjorth MF, Sjödin A, Pijls L, Markus RC.

Obes Rev. 2017 Aug 28 [Epub ahead of print] * 70014

 

Auteur : Geiker NRW

Documents supports :
Brèves Nutrition n°70 - Décembre 2017 - 70014