En matière d’effet des sucres sur la santé, la forme d’apport jouerait-elle un rôle plus important que la dose ? Peut-être, si l’on en croit les résultats d’une étude menée sur des souris par une équipe chinoise.

Dans des travaux antérieurs chez la souris, les chercheurs n’avaient constaté aucun effet du saccharose, administré à hauteur de 30 % des apports énergétiques (AE) sous forme de granulés, sur le poids des animaux. Or ce résultat contrastait avec d’autres travaux de la littérature, montrant une prise de poids chez des rongeurs recevant du saccharose, à hauteur de 70 % de l’AE, dans leur eau de boisson. Les chercheurs ont donc voulu savoir si ces différences étaient liées à la dose ou à la forme d’apport du saccharose (liquide versus solide).

 

Manipuler les apports en saccharose via le régime des animaux

Dans une nouvelle étude, ils ont ainsi testé les effets de 4 régimes alimentaires (voir tableau), leur permettant de comparer les effets de deux types de granulés isocaloriques, les uns contenant 30 % de saccharose (en % de l’énergie), les autres 73 %*. Les groupes de souris recevant les granulés à 30 % de saccharose avaient accès à de l’eau, ou à de l’eau sucrée, ou aux deux boissons. À noter, les granulés et les boissons étaient disponibles à volonté en libre accès.

Tableau : Composition des régimes des différents groupes d’animaux

* granulés formulés pour que leur proportion de saccharose soit identique à celle du régime d’animaux exposés au régime du groupe 2 (estimée à 71%)

 

Les effets délétères de l’eau sucrée sur la masse grasse et la régulation glycémique

Après 8 semaines de ces différents régimes, les souris des groupes ayant accès à de l’eau sucrée (groupes 2 et 3) présentaient le poids et la masse grasse les plus élevés. Bien que ces animaux aient réduit leur consommation d’aliments solides, leur apport énergétique total s’avérait plus élevé par rapport aux deux autres groupes : autrement dit, la diminution de consommation de granulés ne compensait que partiellement l’excédent énergétique provenant de l’eau sucrée.

Lorsque les souris avaient accès à de l’eau sucrée et de l’eau non sucrée (groupe 3), elles semblaient privilégier l’eau sucrée, conduisant à des apports en saccharose et en énergie relativement similaires (légèrement inférieurs) à celui des souris n’ayant accès qu’à de l’eau sucrée.

Ce sont les animaux consommant les granulés les plus chargés en saccharose et de l’eau non sucrée (groupe 4) qui présentaient le poids le plus faible à la fin de l’étude. Ces animaux consommaient moins d’énergie que ceux des autres groupes, peut être en lien avec la moindre appétence pour leurs granulés, comme rapporté par les auteurs.

Dans les deux groupes ayant accès à de l’eau sucrée (groupes 2 et 3), on observait également une accumulation de lipides au niveau hépatique, couplée à une augmentation de l’expression de l’interleukine-6, un marqueur de l’inflammation. Les effets de l’eau sucrée se faisaient par ailleurs ressentir en termes de dérégulations métaboliques, avec notamment une diminution de la sensibilité à l’insuline.

 

Calories solides versus liquides : une question de forme d’apport

En somme, lorsqu’on leur donne accès à de l’eau sucrée, les souris ne parviennent pas à réguler leur prise énergétique totale : celle-ci augmente, ce qui entraîne une accumulation de masse grasse et l’apparition d’une inflammation et de dérégulations métaboliques. Présenté dans les mêmes proportions ( 70 % de l’énergie disponible) sous forme de granulés solides, le saccharose ne semble pas conduire à ce type d’effet. Ainsi, plus que la dose de saccharose, c’est sa consommation via l’eau de boisson qui semble poser des problèmes de santé.

Ces résultats corroborent les suspicions d’effets métaboliques délétères spécifiques aux boissons sucrées, en lien avec une mauvaise prise en compte des calories liquides dans la régulation de la prise énergétique.

 

À retenir :

  • Chez des souris, l’exposition à de l’eau sucrée entraîne une prise de poids ainsi que des troubles de la régulation glycémique.
  • Un régime fait de granulés très riches en saccharose (73 %) et d’eau non sucrée n’induit pas de prise de poids des animaux.
  • Chez l’animal, cela suggère que ce n’est pas tant la dose de saccharose présente dans le régime alimentaire qui conduit à une surconsommation énergétique que sa présence sous forme de boisson.

 

Source : Impact of dietary sucrose on adiposity and glucose homeostasis in C57BL/6J mice depends on mode of ingestion: liquid or solid. Togo J, Hu S, Li M, Niu C, Speakman JR. Mol Metab. 2019 Sep;27:22-32.