Cette revue critique la nature de l’assertion corrélant la densité énergétique du régime alimentaire et le risque d’obésité. La densité énergétique d’un aliment est définie comme l’énergie disponible de cet aliment par unité de masse (kJ/g), elle est donc inversement corrélée à son contenu en eau. Contrairement à ce que l’on croit souvent, les aliments denses en énergie ne sont alors pas forcément riches en glucides et /ou en lipides, mais ce sont en fait des aliments peu hydratés. Ainsi, une boisson sucrée, de par son contenu élevé en eau, possède une densité énergétique (1,8kJ/g) largement inférieure à celle du pain complet (8-12kJ/g) ou des céréales complètes (19-20kJ/g). C’est pourquoi lorsque le rapport OMS 2003 «  Diet, nutrition and the prevention of chronic disease » décrit les boissons sucrées comme étant denses en énergie et les céréales complètes peu denses, il semble que la notion de « densité énergétique » soit utilisée incorrectement pour faire référence, non pas aux calories mais au contenu en micronutriments.

Certaines études ont montré une forte association entre la densité énergétique des aliments et leur contenu lipidique mais l’association avec le contenu en eau apparaît encore supérieure. En effet, l’addition de lait contenant des lipides à des céréales déshydratées denses en énergie, fait chuter leur densité énergétique de 12-15kJ/g à 4-6kJ/g. Compte tenu de ces variations, il paraît difficile de relier directement l’augmentation du taux d’obésité à la consommation d’aliments denses en énergie.

C’est pourquoi, plusieurs études se sont intéressées à la densité énergétique totale du régime alimentaire, la plupart excluant les boissons non-caloriques et l’eau pour le calcul de la densité totale. Les résultats montrent que, comme pour les aliments pris individuellement, la densité énergétique du régime alimentaire est corrélée négativement au poids de l’eau qu’il contient et positivement au contenu en lipides et aux apports énergétiques totaux. Cette dernière relation a été confirmée par d’autres études menées en laboratoire, où la densité énergétique du régime alimentaire était modifiée en jouant sur la composition du régime et son volume  (addition d’eau, baisse du contenu lipidique). Ainsi, des régimes alimentaires plus denses en énergie étaient associés à des apports énergétiques plus élevés et dans certains cas, à une faible prise de poids. En revanche, la modification du contenu nutritionnel du régime sans changement de la densité énergétique, avait peu d’effet sur les apports énergétiques totaux.

Quant aux études épidémiologiques basées sur de plus grands échantillons, elles ont généralement aussi trouvé ce type de relation entre densité énergétique du régime et apports énergétiques totaux. Cependant, comme toutes sont de nature transversale, elles sont incapables de démontrer des associations de cause à effet entre la densité énergétique de l’alimentation et la modification du poids corporel. Des études de cohorte longitudinales sont donc nécessaires pour étudier ces liens. Dr François ELKIK


 Dietary energy density and body weight : is there a relationship ? A.Drewnowski, E. Almiron-Roig, C. Marmonier, A. Liuch. Nutrition reviews, 2004, 62 : 403-413


Documents supports :
Brèves Nutrition N° 25 - Février 2005 / N25001