La prise alimentaire dite « émotionnelle », c’est-à-dire (dans cette étude) en réponse à des émotions négatives (anxiété, tristesse, colère…), chez les enfants est liée à une consommation d’aliments denses en énergie. Le mécanisme mis en jeu dans le développement de ces prises alimentaires reste inconnu. L’utilisation par les parents d’aliments pour récompenser ou détourner le jeune enfant d’une émotion négative pourrait expliquer ce comportement chez l’enfant plus âgé. L’objectif de cette étude longitudinale menée sur 35 enfants de 5-7 ans vivant au Royaume-Uni a été d’évaluer si les pratiques alimentaires des parents vis-à-vis de leurs enfants pouvaient prédire leur consommation alimentaire en l’absence de faim et en condition de stress. Lorsque les enfants avaient 3-5 ans, les mères ont rempli un questionnaire sur leurs pratiques alimentaires vis-à-vis de leurs enfants. Deux ans plus tard, les enfants et leurs mères ont été reçus au laboratoire où un repas leur a été servi à volonté. Les enfants étaient ensuite séparés en un groupe contrôle et un groupe expérimental dans lequel une émotion négative a été induite (le crayon qui leur permettait de finir le coloriage d’un dessin manquait et les enfants ne pouvaient pas avoir le jouet choisi au départ car le dessin n’était pas terminé). Le niveau d’humeur des enfants était auto-évalué avant et après l’émotion négative. Pendant que l’expérimentateur allait chercher le crayon manquant, les enfants pouvaient manger parmi divers aliments proposés (plus ou moins caloriques) et s’amuser avec des jouets. Une fois le dessin terminé, les enfants recevaient leur jouet et indiquaient à nouveau leur niveau d’humeur. Pour le groupe contrôle, il n’y avait pas de crayon manquant et les enfants recevaient leur jouet à la fin du coloriage. Les enfants de 5-7 ans soumis à une émotion négative ont consommé significativement plus de calories en absence de faim que les enfants du groupe contrôle. Les pratiques parentales de récompense ou de restriction des aliments considérés comme moins sains sur leur enfant deux ans auparavant ont été associés à une consommation plus importante de calories dans le groupe des enfants lors de l’exposition à un stress entraînant une émotion négative. Les résultats de cette étude suggèrent que les pratiques alimentaires des parents vis-à-vis de leurs jeunes enfants de 3-5 ans jouent un rôle dans leur niveau de prise alimentaire dite « émotionnelle » lorsqu’ils sont plus âgés. Le contrôle excessif de la consommation alimentaire des enfants par les parents pourrait conduire ces enfants à augmenter leur consommation d’aliments palatables (gras sucré ou gras salé) pour surmonter leurs émotions négatives.

Teaching our children when to eat: how parental feeding practices inform the development of emotional eating-a longitudinal experimental design.

Farrow CV, Haycraft E, Blissett JM.

Am J Clin Nutr. 2015 Mar 18. pii: ajcn103713. [Epub ahead of print]


Auteur : FARROW CV

Documents supports :
Brèves Nutrition N° 60 - Juin 2015 - N60001