Le rapport de l’Anses « Disparités socioéconomiques et alimentation des enfants et adolescents » vient d’être publié.

Le sujet de cette expertise est majeur, aussi bien pour les acteurs de santé publique soucieux de suivre l’impact de leurs messages sanitaires, que les cliniciens (pédiatres ou nutritionnistes) confrontés régulièrement à la disparité évidente de leurs jeunes patients. Le PNNS3 2011-2015 inclut des objectifs spécifiques pour les populations défavorisées, et ce rapport est destiné à compléter les connaissances disponibles sur le sujet pour orienter et définir les actions permettant de réduire les inégalités sociales dans le champ de la nutrition.

Ce rapport a étudié les consommations alimentaires et leur rythme en partant de l’étude INCA2, ainsi que les apports nutritionnels et la densité énergétique des recueils en utilisant la table CIQUAL. Ces données ont été ont croisées avec des indices qui qualifient une alimentation de « bonne qualité » (permettant de couvrir les besoins en énergie et en nutriments et limitant les excès), et des scores de diversité, autres marqueurs de la qualité de l’alimentation. Pour caractériser les populations ont été retenus essentiellement le revenu par des indices de richesse, la catégorie socioprofessionnelle (CSP) ou le niveau de diplôme du représentant de l’enfant ou de l’adolescent. Les résultats ont été rapprochés des données de la littérature sur le sujet, les populations en grande précarité n’étant pas étudiées ici.

Cette étude très complète a souligné l’intérêt limité de considérer un nutriment de façon isolée pour décrire la qualité du régime alimentaire. Les mesures plus globales de la qualité du régime sont préférables. Les indices utilisés dans cette étude présentent l’intérêt de rendre compte de l’adéquation nutritionnelle (c’est-à-dire le statut nutritionnel décrit à partir de la relation entre apport et besoin), sur plusieurs nutriments de façon simultanée.

 

Des résultats en partie attendus :
Certains résultats sont en accord avec la littérature : dans les populations de niveau socioéconomique bas une moindre consommation de fruits et légumes et une plus forte consommation de boissons sucrées ont été rapportées. L’argument économique est plus évident pour les fruits et les légumes que pour les boissons sucrées. Il faudrait donc s’intéresser plus particulièrement à ce point : est-ce un fait sociologique ? Est-ce dû au rapport à la temporalité qui incite les populations en situation précaire à plus de plaisirs immédiats et à être moins attentives aux messages de prévention ? Que penser du lien inverse entre niveau de consommation de boissons sucrées et niveau d’étude du représentant à niveau socioéconomique égal ? Peut-on faire l’hypothèse qu’un faible niveau d’études limiterait la connaissance et la mise en application des messages nutritionnels ? L’étude se conclut sur un message qui doit ouvrir le débat : « On peut vivre dans un foyer de niveau socioéconomique bas et avoir une alimentation de bonne qualité… et inversement ». Cependant, quel que soit le niveau socioéconomique des foyers dans lesquels les enfants ou adolescents vivent, une alimentation de bonne qualité nutritionnelle passe par une alimentation plus diversifiée car notamment plus riche en fruits et légumes.

 

Autres résultats plus surprenants :
Il n’y a pas de différence concernant la consommation totale de produits laitiers, même si le type de produits laitiers consommés varie avec le niveau socioéconomique : les enfants et adolescents de niveau socioéconomique bas consomment plus de lait mais moins de yaourts et de fromage. La consommation de poisson n’est, quant à elle, pas significativement associée au niveau socioéconomique du foyer.
D’autres résultats ont été soulignés par le comité d’expert comme inhabituels : les résultats concernant la consommation de certains produits sucrés (en particulier gâteaux et confiseries) vont à l’encontre de l’idée reçue selon laquelle ce sont les individus de niveaux socioéconomiques bas qui en consommeraient davantage.

Au niveau global, cette étude ne montre pas de différence statistique pour les apports en énergie, protéines, lipides et glucides entre les niveaux socioéconomiques. Cette absence d’association entre l’apport énergétique et le niveau socioéconomique peut aussi suggérer que la relation inverse observée entre le niveau socioéconomique et le surpoids et l’obésité chez les enfants et adolescents pourrait dépendre davantage du niveau de dépense énergétique, et donc des niveaux d’activité physique et de sédentarité, non étudiés dans ce rapport.
Enfin, dans la population étudiée, les résultats suggèrent que le niveau d’études des parents, davantage que leur capacité financière, par exemple, serait le facteur prédominant expliquant les disparités de consommations alimentaires des enfants et adolescents.

 

Zoom sur les glucides

 

Il n’y a pas de différence quantitative notable pour les apports en glucides mais une répartition différente entre glucides simples (plus consommés par les milieux socioéconomiques favorisés) et glucides complexes (plus consommés par les milieux socioéconomiques bas) :

 

« Chez les enfants, les apports glucidiques totaux ne sont pas associés au niveau socioéconomique. Cependant, lorsque glucides simples et complexes sont étudiés séparément, des différences apparaissent : chez les enfants de niveau socioéconomique bas, les apports en glucides simples sont situés entre 91 et 98 g/j (selon la mesure du niveau socioéconomique utilisée) tandis que chez ceux de niveau socioéconomique élevé, ils sont situés entre 98 et 104 g/j, l’écart le plus important étant observé avec le  niveau d’études du représentant (92  vs 100 g/j). Les apports en glucides complexes suivent une tendance inverse aux glucides simples : chez les enfants de niveau socioéconomique bas, les apports sont situés entre 92 et 95 g/j (selon la mesure du niveau socioéconomique utilisée) tandis que chez ceux de niveau socioéconomique élevé, ils sont situés entre 87 et 88 g/j, l’écart le plus important étant observé avec le niveau d’études du représentant (88 vs 95 g/j).

 

Chez les adolescents, les apports glucidiques totaux sont plus élevés chez  ceux de niveau socioéconomique bas. Lorsque glucides simples et glucides complexes sont étudiés séparément, on constate que les apports en glucides simples ne sont pas associés au niveau socioéconomique du foyer, tandis que les apports en glucides complexes sont eux plus élevés chez les adolescents de niveau socioéconomique bas :  chez  ceux de niveau socioéconomique bas, les apports sont situés entre 120 et 126 g/j (selon la mesure du niveau socioéconomique utilisée) tandis que chez ceux de niveau socioéconomique élevé, ils sont situés entre 111 et 116 g/j, l’écart le plus important étant observé avec le niveau d’études du représentant (116 vs 126 g/j).

 

« Les boissons sucrées représentent un cas particulier d’aliments sucrés, plus consommés par les enfants de niveau socioéconomique bas :
« Chez les enfants comme chez les adolescents, la consommation de boissons sucrées est plus élevée lorsque le niveau socioéconomique  du foyer est  plus  bas. C’est plus particulièrement les boissons avec sucres (non édulcorées) pour lesquelles la consommation augmente quand le niveau socioéconomique diminue, les boissons édulcorées restant de manière générale peu consommées par les enfants et adolescents :
les enfants vivant dans un foyer de niveau socioéconomique bas consomment en moyenne entre 86 et 99 g/j (selon la variable de niveau socioéconomique considérée) de boissons avec sucres, tandis que ceux vivant dans un foyer de niveau socioéconomique élevé en consomment entre 49 et 67 g/j ;
les adolescents vivant dans un foyer de niveau socioéconomique bas consomment en moyenne entre 142 et 164 g/j (selon la variable de niveau socioéconomique considérée) de boissons avec sucres tandis que ceux vivant dans un foyer de niveau socioéconomique élevé en consomment entre 71 et 104 g/j. L’écart le plus important est observé avec le niveau d’études du représentant, la consommation  passant du simple à plus du double entre ceux dont le représentant a un  niveau d’études supérieures et ceux dont le représentant a un niveau d’études primaires (71 vs 164 g/j).Concernant les produits sucrés hors boissons sucrés, la typologie rentre en ligne de compte :

 

Chez les enfants, la consommation de produits sucrés est plus basse lorsque le niveau socioéconomique est plus bas. Toutefois, bien qu’elle soit significative, la relation au niveau du groupe global « Produits sucrés »  est difficile à interpréter et présente un intérêt limité car ce  groupe rassemble des aliments très hétérogènes en terme de composition : compotes et fruits au sirop, crèmes dessert et entremets, céréales du petit déjeuner, viennoiseries, pâtisseries et gâteaux, biscuits sucrés et barres, glace, confiseries et chocolat. Ainsi, il est intéressant d’analyser les relations au niveau des sous-groupes : ce sont essentiellement les consommations de fruits en compotes ou au sirop et de confiseries qui sont plus basses lorsque le niveau socioéconomique est plus bas.

 

Chez les adolescents, la consommation de crèmes-desserts est plus élevée quand le niveau socioéconomique est plus bas et l’inverse est observé pour la consommation de pâtisseries-gâteaux. Enfin, la conclusion de l’avis revient explicitement sur les idées reçues sur certains produits sucrés : « En outre, les résultats concernant la consommation de certains produits sucrés (en particulier gâteaux et confiseries) vont à l’encontre de l’idée reçue selon laquelle  ce sont  les individus de niveaux socioéconomiques bas  qui en consommeraient davantage. » […] Par ailleurs, à l’encontre de certaines idées reçues, elle [l’étude] montre une moindre consommation de certains produits sucrés comme les confiseries et les gâteaux chez les enfants et adolescents de plus bas niveau socioéconomique. »

 

Source : Rapport Anses, Avis et rapport relatifs aux disparités socioéconomiques et aux apports nutritionnels et alimentaires des enfants et des adolescents

Auteur : CEDUS