L’addiction alimentaire est un sujet largement abordé par les médias grand public dans de nombreux pays occidentalisés. Cependant, accepter qu’il existe une réelle addiction alimentaire pourrait amener à considérer que ce que l’on mange est hors de notre contrôle personnel, ce qui pourrait encourager des comportements alimentaires non sains. Aussi, cette étude menée sur des adultes sains vivant au Royaume-Uni a eu pour objectifs d’étudier les effets de l’exposition à des messages sur l’addiction alimentaire sur le fait de déclarer être addict à la nourriture et sur leur consommation alimentaire. Les participants ont été répartis de façon aléatoire et ont lu un journal qui soit affirmait que l’addiction à la nourriture est un phénomène réel scientifiquement prouvé (condition dite « réalité »), soit considérait l’addiction comme un mythe (condition dite « mythe »). Les auteurs ont alors évalué la consommation d’aliments, à caractère plaisant ou non, au cours d’un simulacre de test sensoriel. Ils ont aussi mesuré l’autodiagnostic d’addiction alimentaire à partir de la réponse à la question « Percevez-vous vous comme addict à la nourriture ? ». L’échelle d’addiction alimentaire de Yale a ensuite été utilisée pour évaluer la dépendance déclarée aux aliments gras et sucrés.

Comme prévu, la proportion de sujets qui se sont déclarés addicts à la nourriture a plus que doublé dans le groupe de sujets « réalité » par rapport à la condition « mythe ». Par contre, contrairement à ce qui était pressenti, il a été observé très peu de différence dans la consommation moyenne alimentaire selon les deux conditions. La variabilité de consommation a cependant été significativement plus grande dans le groupe « réalité » que dans le groupe « mythe ». Cet effet a été limité aux aliments plaisir qui peuvent être perçus par les participants comme ayant des propriétés addictives. Ces résultats sont particulièrement intéressants car ils suggèrent qu’accepter l’addiction alimentaire comme une réalité peut avoir un effet bidirectionnel sur la consommation d’aliments plaisir : chez certains individus, elle peut l’encourager, par contre, chez d’autres elle pourrait entraîner l’évitement.

« Food addiction is real ». The effects of exposure to this message on self-diagnosed food addiction and eating behaviour.

Hardman CA, Rogers PJ, Dallas R, Scott J, Ruddock HK, Robinson E.

Appetite. 2015 Apr;91:179-184.

Auteur : HARDMAN CA

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Brèves Nutrition N° 61 - Septembre 2015 - N61004