Des scientifiques ont créé une polémique en affirmant que le sucre était aussi toxique pour la santé que l’alcool et le tabac. Scoop ou critique excessive? Le Figaro a demandé à un expert.

 Le sucre participe à près de 35 millions de morts chaque année et sa commercialisation doit par conséquent être strictement encadrée: c’est en substance la position très tranchée défendue par trois chercheurs américains de l’Université de Californie (San Francisco) dans un article publié par la prestigieuse revue Nature, « La toxique vérité sur le sucre ». Selon eux, les sucres ajoutés par les industriels dans les produits alimentaires contribuent à «la crise sanitaire mondiale» que représente l’augmentation des maladies non transmissibles comme le diabète, l’hypertension ou certains cancers. Pour limiter ces effets dramatiques, ils prônent une hausse des taxes sur le sucre et un accès limité aux produits qui en contiennent, notamment dans les quartiers défavorisés et pour les mineurs.

Allons-nous devoir nous méfier du canard dans le café et de la tartelette du dimanche pour autant? Le Pr André Grimaldi, diabétologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, met en garde contre cette «diabolisation» excessive. «Les complications engendrées par un excès de sucre concernent essentiellement les gros buveurs de soda, ceux qui boivent plus de trois, quatre litres par jour, et risquent le surpoids», souligne-t-il. Mais les Américains sont bien plus concernés pa r la surconsommation de ces boissons que la France, Antilles exceptées, souligne-t-il. Il est à noter que l’article de Robert Lustig, Laura Schmidt et Claire Brindis ne dénonce que le sucre – et notamment une de ses composantes, le fructose – ajouté dans les boissons et autres préparations industrielles, et non pas le sucre présent naturellement dans les aliments, les fruits notamment.

 «En France, plutôt trop de gras que de sucre»

Selon le Pr Grimaldi, le fructose ne peut être tenu directement responsable de l’ hypertension , des maladies cardio-vasculaires ou du diabète , car ces complications découlent elles-mêmes le plus souvent d’un surpoids . Or, rappelle le diabétologue, «quand on interroge les Français, on s’aperçoit que le problème vient plutôt du fait qu’ils mangent trop gras et boivent trop d’alcool, pas forcément qu’ils consomment trop de sucre». À cela s’ajoute l’impact d’une sédentarité croissante et de la destruction des «rituels» des repas, qui pousse les gens à grignoter. Rien n’interdit donc une consommation raisonnable et occasionnelle de soda ou de gâteaux, même s’il faut rester vigilant puisque les maux qui affectent les Etats-Unis se retrouvent souvent en France 10 à 20 ans plus tard.

Autre angle d’attaque pour Lustig et ses coauteurs, le sucre est d’autant plus dangereux qu’il bénéficie d’une bien meilleure image que l’alcool et le tabac, alors qu’il est tout autant addictif, affirment-ils. «Il n’y a pas de preuve en ce sens», nuance le Pr Grimaldi. «Même s’il est vrai que cela crée un plaisir et qu’on peut ressentir un manque, nul besoin d’un protocole de sevrage comme pour ces substances.»

Au final, «il ne faudrait surtout pas que cette étude donne l’impression que l’on va régler le problème du diabète dans le monde en interdisant les bonbons aux enfants ou le gâteau occasionnel», résume le diabétologue. La France comptait en 2009 près de 3 millions de diabétiques et 6,5 millions d’obèses.

Fréour, Pauline