Le petit déjeuner fait partie des recommandations pour une alimentation équilibrée. En France, il est pratiqué quotidiennement par la quasi-totalité des enfants. Toutefois, dans tous les pays dès l’âge de 12 ans, cette pratique diminue. Selon une étude internationale menée dans trente pays sur des adolescents du monde entier depuis plus de dix ans, ils sont 58 % à prendre un petit déjeuner tous les jours (semaine et week-end), en particulier les garçons (63 % vs. 54 % des filles). Ce taux relativement faible pourrait s’expliquer par le manque de temps en semaine ou le stress lié à la scolarité, puisque le week-end, plus de 80 % des jeunes déclarent prendre un petit-déjeuner. De nombreuses études menées chez les enfants mais aussi chez les adolescents montrent que la pratique régulière du petit déjeuner favorise un meilleur équilibre nutritionnel sur la journée, cela entraîne notamment une plus grande consommation de fruits et légumes dans le reste de la journée. Les études d’observation sur des cohortes d’adolescents ont montré que l’absence de petit déjeuner s’accompagne de grignotage, de repas sautés, le tout associé à une activité physique moindre.


Les résultats récents de l’étude Helena (Healthy Lifestyle in Europe by Nutrition in Adolescence), portent sur la santé des adolescents dans 10 pays européens, avec pour la France la ville de Lille. Cette étude publiée dans Public Health Nutrition de Juin 2013, apporte différents éléments nouveaux : la pratique du petit déjeuner chez les adolescents améliore leurs constantes cardiorespiratoires (tension artérielle, test de performance et de récupération à l’effort) et leur profil métabolique (Cholestérol total, HDL et TG, insuline et sensibilité à l’insuline), surtout chez les garçons. Les résultats de la présente étude montrent une corrélation négative entre la pratique de petit déjeuner et la répartition du tissu adipeux (évalué par les plis cutanés et le tour de taille) plus particulièrement chez les garçons. En résumé, la prise régulière d’un petit déjeuner peut avoir un impact positif sur la santé sur le long terme. Les hypothèses avancées sont multiples, mais il est probable que le premier bénéfice du petit déjeuner soit une réduction des apports énergétiques des repas suivants, cette prise alimentaire matinale permettant une meilleure régulation alimentaire au quotidien. Aucune information sur le type de petit déjeuner pris par les adolescents n’est indiquée par les auteurs.

      

Le même mois une étude américaine publiée dans la revue Circulation et menée sur plus de 20.000 hommes adultes a montré une association entre le fait de sauter le petit déjeuner et le risque de crise cardiaque. Les chercheurs de la Harvard School of Public Health, du Brigham and Women’s Hospital ont suivi sur 16 ans une cohorte de 26.602 hommes, âgés de 45 à 82 ans, sans antécédents de cancer, de maladie coronarienne, d’angine de poitrine, de crise cardiaque ou d’AVC. Les chercheurs ont pris en compte les cas de maladie coronarienne, ainsi que les facteurs de confusion possibles, tels que l’apport énergétique, la qualité de l’alimentation, la consommation d’alcool, le tabagisme, le statut professionnel et l’activité physique : 13% des hommes ont déclaré sauter le petit déjeuner et 1,2% manger en fin de soirée ou durant la nuit. Au cours du suivi, 1.527 hommes soit 5,7% ont développé une maladie coronarienne. L’analyse constate que sauter le petit déjeuner entraîne une augmentation de 27% du risque de maladie coronarienne (RR : 1,27 IC : 95% de 1,06 à 1,53).  Aucune association n’est observée en revanche, entre le nombre de repas quotidiens et le risque coronarien, suggérant l’importance de l’heure plutôt que de la fréquence des repas, sur la santé cardiaque. Il s’agit ici d’une association et non d’une relation de cause à effets. Les associations observées peuvent aussi être liées à d’autres problèmes de santé, comme l’obésité, l’hypertension artérielle, des taux de cholestérol élevé et le diabète.

 

La conclusion de ces études est claire : prendre un petit déjeuner est associé à un risque significativement plus faible de maladie coronarienne, dans le cas présent chez les hommes. Ainsi, le petit déjeuner apparait important pour le bien-être présent et futur des ados (la prise d’un petit déjeuner à l’adolescence permet de perpétuer cette pratique à l’âge adulte), quels que soient les aliments consommés, l’important étant de ne pas sauter ce repas dès le plus jeune âge. Cette pratique régulière pourrait être aussi le marqueur d’un mode de vie plus sain, quel que soit le milieu socio-économique.


Breakfast consumption and CVD risk factors in European adolescents: the HELENA (Healthy Lifestyle in Europe byNutrition in Adolescence) Study

Lena Hallstro¨m1,2,*, Idoia Labayen2,3, Jonatan R Ruiz2, Emma Patterson2,Carine A Vereecken4,5, Christina Breidenassel6, Fre´de´ric Gottrand7, Inge Huybrechts5,

Yannis Manios8, Lorenza Mistura9, Kurt Widhalm10, Katerina Kondaki8, Luis A Moreno11 and Michael Sjo¨stro¨m2, on behalf of the HELENA Study Group

Public Health Nutrition: 16(7), 1296–1305.

 

Prospective Study of Breakfast Eating and Incident Coronary Heart Disease in a Cohort of Male US Health Professionals

Leah E. Cahill, PhD; Stephanie E. Chiuve, ScD; Rania A. Mekary, PhD; Majken K. Jensen, PhD;

Alan J. Flint, MD, DrPh; Frank B. Hu, MD, PhD; Eric B. Rimm, ScD

Circulation. July 2013 ; 128:337-343.