Le potentiel cariogène des sodas testé in vitro

 

Clarifier le potentiel cariogène des sodas, sucrés et/ou édulcorés, les plus consommés au monde : tel était l’objectif d’une étude entreprise par une équipe chilienne, face au constat de résultats rares et contradictoires sur la question.

 

Un modèle de biofilm in vitro

Les chercheurs ont d’abord travaillé à reproduire in vitro un biofilm (plaque dentaire) sur des blocs de dentine et d’émail bovins. Celui-ci était inoculé par Streptococcus mutans, une bactérie du microbiote buccal capable de fermenter les sucres et de produire des acides organiques cariogènes. Une fois constitué, le biofilm était exposé à différents sodas –goût cola ou orange, sucrés* et/ou édulcorés –, à des boissons témoins (eau gazéifiée et solution saline, témoins négatifs) ou à une solution de saccharose (témoin positif), pendant 5 minutes 3 fois par jour, pendant 3 à 4 jours.

 

Les sodas sucrés, responsables de déminéralisation

Parmi les effets des différentes boissons, les chercheurs ont constaté que les sodas sucrés provoquaient une baisse du pH dans les milieux de culture, une déminéralisation de l’émail (mesurée par la perte de dureté de surface), une augmentation de la biomasse microbienne et du nombre de bactéries S. mutans au niveau de l’émail et de la dentine, ainsi qu’une augmentation de la production de polysaccharides extracellulaires au niveau du biofilm (ces paramètres constituant des marqueurs du développement de la plaque dentaire). De façon générale, les effets des sodas sucrés étaient comparables à ceux de la solution de saccharose.

À noter : c’est le soda sucré à l’orange qui provoquait la plus forte déminéralisation, celle-ci s’avérant même supérieure à celle observée avec la solution de saccharose. D’après les auteurs, cela pourrait tenir à la fois à sa teneur en sucres plus élevée et à la présence d’amidons modifiés utilisés en tant qu’épaississants, possiblement cariogènes.

 

Une érosion aussi liée à l’acidité

Quant aux sodas édulcorés sans sucres ajoutés, ils conduisaient uniquement à une déminéralisation de l’émail, moins marquée toutefois que celle observée avec les sodas sucrés. Cela pourrait tenir à leur caractère acide, ces boissons contenant des acides citrique et phosphorique dans leur formulation. Aucun effet n’était observé sur la biomasse, ni le nombre de bactéries S. mutans ni la production de polysaccharides. Cela suggère que les boissons édulcorées n’auraient pas de potentiel cariogène au sens strict mais une capacité d’érosion dentaire du fait de leur acidité, à même de fragiliser les dents. Enfin, l’eau gazéifiée n’était pas neutre puisqu’elle provoquait une déminéralisation de l’émail et de la dentine plus importante que la solution saline.

Bien qu’obtenus sur un modèle in vitro ne rendant pas compte des conditions buccales réelles, ces résultats suggèrent que c’est à la fois la teneur en sucres et l’acidité des sodas qui pourraient expliquer les lésions dentaires associées à leur consommation ; le caractère gazeux de ces boissons pourrait aussi avoir un rôle à jouer.

* La teneur en saccharose des sodas utilisés dans cette étude est d’environ 11 à 12 %.

 

À retenir :

  • Une étude a testé les effets de différents sodas sur un modèle de biofilm synthétisé in vitro sur des blocs d’émail et de dentine.
  • Les sodas sucrés et les sodas édulcorés entraînent une déminéralisation, mais celle-ci est plus marquée pour les sodas sucrés.
  • Au-delà de leur teneur en sucre, le caractère acide des sodas pourrait aussi jouer un rôle dans l’érosion et la fragilisation des dents.

 

Source : Cariogenicity induced by commercial carbonated beverages in an experimental biofilm-caries model. Giacaman RA, Pailahual V, Díaz-Garrido N. Eur J Dent. 2018 Jan-Mar;12(1):27-35.

Auteur : Giacaman RA