Il y a près de 60 ans, Randolph a défini pour la première fois « l’addiction alimentaire» comme « […] une adaptation spécifique à un ou plus d’un aliment régulièrement consommé(s) au(x)quel(s) une personne est très sensible, produisant un spectre de symptômes semblables à ceux d’autres processus d’addiction ». L’addiction alimentaire est devenue un centre d’intérêt pour les scientifiques qui cherchent à expliquer certains processus et/ou comportements qui peuvent contribuer au développement de l’obésité. Bien que la discussion scientifique sur «l’addiction alimentaire» soit balbutiante, elle peut avoir des implications importantes sur les stratégies de traitement et de prévention. Par conséquent, il est important de réfléchir de manière critique à la pertinence de l’expression «addiction alimentaire», qui combinent les concepts de dépendance comportementale et de dépendance à une substance. La preuve actuellement disponible d’une dépendance alimentaire liée à substance est faible.
Les chercheurs du projet européen NeuroFAST ont passé en revue les données existantes à la fois chez l’homme et l’animal, en lien avec l’existence d’un comportement de dépendance comportementale alimentaire. Ils ont souligné que manger peut devenir une addiction chez des individus prédisposés dans des circonstances environnementales particulières. Ils ont comparé ces données avec les concepts actuels de diagnostic et de neurobiologie des troubles addictifs liés à une substance d’une part et non liés à une substance d’autre part. Ils ont ainsi mis en évidence les similitudes et les différences entre la dépendance et la suralimentation. Ils concluent que l’expression « addiction alimentaire » (food addiction) est inadéquate en raison de la connotation ambigüe d’un phénomène lié à une substance. Ils proposent de la remplacer par l’expression «addiction au fait de manger» (eating addiction) pour souligner qu’il s’agit d’une addiction comportementale. Des recherches complémentaires devraient tenter de définir les critères de diagnostic de cette « addiction au fait de manger».

“Eating addiction”, rather than “food addiction”, better captures addictive-like eating behavior

Johannes Hebebrand, Özgür Albayrak, Roger Adan, Jochen Antel, Carlos Dieguez, Johannes de Jong, Gareth Leng, John Menzies, Julian G. Mercer, Michelle Murphy, Geoffrey van der Plasse, Suzanne L. Dickson

Neuroscience & Biobehavioral Reviews, Volume 47, Nov 2014, 295–306


Auteur : HEBEBRAND J

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Brèves Nutrition N° 58 - Décembre 2014 - N58006 (Réf 4569)