C’est à une remise en cause des pratiques de la communauté médicale qu’appelle cet article, synthétisant mécanismes des comportements alimentaires et enjeux de société pour s’interroger sur la place des troubles psychologiques dans l’obésité : cause ou conséquence ? Bien qu’ayant échoué à démontrer l’existence d’une anomalie psychologique responsable de l’obésité, mais au contraire mis en évidence une très grande complexité de facteurs impliqués dans son développement (génétiques, comportementaux, psychologiques et environnementaux), une vision médicalisée du poids et du comportement alimentaire continue à alimenter les préjugés sur l’obésité. En stigmatisant les individus en surpoids, elle provoque un retentissement psychologique et social majeur. Définie selon les courbes de corpulence de l’OMS, l’obésité est abusivement classée comme une maladie. Ainsi « diagnostiqué », le sujet va être entraîné dans le cercle vicieux de la restriction cognitive : les « régimes » imposés en fonction de normes à atteindre induisent une obsession génératrice d’insécurité intérieure et, surtout, interfèrent avec la capacité de chacun à reconnaître ses signaux physiologiques de satiété. En état de privation chronique, les sujets seront tentés de réagir par des accès d’hyperphagie lorsque la volonté de contrôle est mise en échec. La pratique de la restriction alimentaire, aujourd’hui très répandue, peut induire une dérégulation du comportement alimentaire. Elle apparaît comme un effet iatrogène potentiel d’une médicalisation qui a déconnecté l’acte alimentaire de ses liens symboliques et relationnels, alors que le plaisir et la convivialité des repas semblaient un des atouts du « paradoxe français ». « Primum non nocere », telle pourrait être la conclusion…


Aspects psychologiques de l’obésité. M. Le Barzic. EMC Endocrinologie-Nutrition, 2010, 10-506-G-10 : 1-11


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Brèves Nutrition N° 40 - Juin 2010 - N40010