Servir de plus grandes portions de nourriture à des enfants d’âge préscolaire augmenterait leur consommation journalière. Un effet de la taille des portions qui persisterait dans le temps, selon une étude parue dans The American Journal of Clinical Nutrition.

Plus que les adultes, les jeunes enfants auraient la capacité de réguler leurs apports énergétiques en réponse aux variations caloriques des repas servis. Peut-être à l’échelle d’une journée, mais à plus long terme ? Dans la présente étude, les chercheurs ont souhaité vérifier cela en faisant varier la taille des portions de nourriture et de boissons proposées en garderie à 46 enfants (30 garçons et 16 filles), âgés de 2 à 5 ans, au cours de deux périodes expérimentales de 5 jours. Le groupe « taille de portion à 100 % » recevait les quantités de base de tous les aliments, alors que les quantités étaient augmentées de 50 % dans le groupe « taille de portion à 150 % ». Les enfants étaient assignés au hasard à leur menu du jour et à leur portion par un gestionnaire de données.

Des apports augmentés dès le premier jour

Les chercheurs ont observé que l’augmentation sur 5 jours de la taille des portions chez les enfants d’âges préscolaires était corrélée à une augmentation significative de 16 % (p<0,0001) de la quantité moyenne consommée par jour (+143±21 g/j pour l’ensemble des aliments et laitages), avec une augmentation quasi équivalente de l’apport énergétique (+167±22 kcal/j ou 18 %).

L’examen des données au cours des 5 jours a montré une trajectoire linéaire, avec des augmentations significatives des quantités consommées et des apports énergétiques dès le premier jour de l’expérimentation. Ainsi, au bout du 5e jour, les enfants qui s’étaient vus proposer des portions à 150 % avaient consommés en moyenne 733 ± 131 g d’aliments (dont laitages) en plus, pour un apport énergétique supplémentaire de 784 ± 110 kcal.

Une éducation nécessaire à l’écoute de la satiété

Dans cette étude, la majorité des enfants n’a pas ajusté sa consommation en réponse à une augmentation des portions servies. Au contraire, les enfants mangeaient une plus grande quantité de tous les types d’aliments, à l’exception des légumes, engendrant des apports quotidiens supérieurs de 10 à 15 % à leurs besoins énergétiques. Cependant, les chercheurs ont observé des réponses différentes selon les enfants : ceux ayant un poids plus élevé, une faible réactivité aux signaux de satiété, mais aussi ceux prenant davantage de plaisir à manger étaient significativement plus sensibles à l’effet de la taille des portions. L’environnement familial, et notamment l’habitude de surconsommer au domicile, aurait également un impact. Les auteurs en concluent qu’une exposition prolongée à d’importantes portions alimentaires pourrait compromettre la capacité de régulation des apports énergétiques chez les jeunes enfants et les conduire à l’obésité. D’où leur recommandation pour des interventions visant à aider les enfants à mieux percevoir et à écouter les signes de satiété.

À retenir :

  • Selon cette étude randomisée, les jeunes enfants (2-5 ans) ne réguleraient pas leurs apports énergétiques en réponse à des repas plus caloriques.
  • La surconsommation associée à des tailles de portions plus grandes est d’autant plus importante que les enfants ont une corpulence élevée.
  • Une exposition prolongée à d’importantes portions de nourriture pourrait perturber la régulation de l’apport énergétique chez les enfants, les exposant à un risque accru d’obésité.

Source : Smethers AD, Roe LS, Sanchez CE, Zuraikat FM, Keller KL, Kling SMR, Rolls BJ. Portion size has sustained effects over 5 days in preschool children: a randomized trial. Am J Clin Nutr 2019;00:1–12. Doi:10.1093/ajcn/nqy383.

Auteur : Smethers AD